26.06.2007

Episode 17 : rhume heurt

Alors que je contemple non sans une certaine satisfaction le fruit de mon travail agricole, c’est-à-dire les salades et les tomates qui mûrissent actuellement dans le jardin, une autre plante se répand dans la ville. Elle s’est installée depuis longtemps déjà. Peut-être était-elle là depuis toujours, avant même l’œuf et la poule ? Ses fleurs et ses fruits changent souvent de formes et de couleurs mais ses racines sont toujours là. N’essayez pas de l’arracher, vous ne feriez qu’amplifier l’expansion de cette plante très vivace. Cette plante, vous la connaissez bien, elle pousse sous toutes les latitudes et tous les climats lui conviennent. Elle n’a besoin ni d’eau ni de soleil, ni même d’ombre, d’ailleurs ! Il suffit juste de quelques personnes qui n’ont rien d’autre à faire que de l’entretenir et veiller à ce qu’elle ne se nécrose pas. Mais de même que l’arbuste au sortir de l’hiver (je veux parler des hivers que l’on avait avant le dérèglement des saisons et de la planète) qui semble dans un état plus que végétatif ( ? heu... minéral ?), cette plante renaît dès les premiers soins prodigués et se re-développe à une vitesse fulgurante. Pas besoin d’engrais ! Juste un peu de « fumiers » pour faire grandir dans votre environnement, la Rumeur. Et oui, il s’agit bien de cette plante universelle, vieille comme le monde qui donne des fruits par millions, les ragots. Ils se mangent à toute heure, de toutes les façons avec n’importe qui, vos amis mais aussi les voisins, les collègues, etc. En tartine, accompagnés de salades ou gratinés, ils se dégustent à la pause café, dans les transports, au marché.

Bien que l’on puisse les cueillir un peu partout, je vous conseille d’avoir votre fournisseur officiel qui veillera toujours à la fraîcheur des ragots et vous fera profiter des nouveautés et des exclusivités. Si vous doutez des ragots que vous avez trouvés « à la sauvette », consultez votre pharmacien (de même si vous trouvez des champignons) ou votre revendeur pour vérifier l’authenticité du ragot. Si telle personne (la voisine, le cousin, le collègue) atteste le ragot, alors c’est un bon ! Plus vous aurez de personnes à certifier l’authenticité du ragot, mieux ce sera.

 

Pour les amateurs de ragots, j’envisage d’ailleurs de vous faire profiter des ragots exotiques. Différentes variétés sont déjà disponibles : ragots de la passion, ragots tropicons, les bananaragots... j’en passe et des meilleurs. Pour vous servir cette soupe de ragots, une deuxième version de ce blog sera prochainement en ligne : « Le Ragoût des Autres ».

 

Voilà, vous l’aurez compris, un petit coup de gueule sur toutes les histoires qui circulent à propos des personnes différentes qui dérangent les autres personnes qui n’ont rien d’autre à faire que cultiver cette plante de m**de !

Voyager vous apprend beaucoup de choses, de très belles et de moins belles, comme l’universalité de la bêtise. Pour ceux qui idéalisent les sociétés étrangères (et si possible lointaines), ouvrez les yeux ; l’Humain, beau et laid à la fois, est le même sur toute la planète. Pour les autres qui pensent que ces gens là sont moins cultivés et que « leur manque d’éducation » nourrit ce ragotage, regardez donc autour de vous et voyez toutes les preuves de la bêtise humaine : l’automobiliste qui a failli vous rouler sur les pieds, les « faut faire attention car les manouches sont installés pas loin... », « il a l’air louche celui-là » etc.

 

Ne vous inquiétez pas, vous savez que je retrouve le moral rapidement et je ne vais pas m’arrêter à ces conneries, quand même ! Je voulais juste vous faire partager mon « coup de gueule » et pourquoi pas (si ce n’est pas trop ambitieux de ma part) vous faire réfléchir sur la question (sommes-nous semeurs, cultivateurs, éradicateurs ou simple observateurs ?).

Allé, bises à tous.

 

07.06.2007

épisode 16

Amahoro* tout le monde.
Plusieurs semaines se sont écoulées depuis mon dernier message. Mais que s’est-il donc passé ?
Il faut que je vous dise la vérité : j’ai été séquestrée par des religieuses qui exigeaient une double ration de haricots au repas pour compenser les allers-retours à pied entre la chapelle et la maison ! Je sais, ça parait invraisemblable...et ça l’est ! Bon, j’essaie de trouver une bonne excuse... Plus sérieusement, mon ordinateur était simplement retourné chez le « docteur » pour se faire soigner. Ce qui n’a servi à rien, si ce n’est à mobiliser mon ordinateur pendant trois semaines. Il reste en effet tout un tas de virus... En plus, ce faux docteur a réussi à perdre le câble de mon appareil photo ! Youpi !...Bref, pas d’ordi, pas d’épisode. Et maintenant, plus de photo !

A part cela et pour résumer ces dernières semaines, je dirai «cours, préparation, correction, cours, préparation, correction... » je sais, ça parait follement excitant mais ce n’est pas parce qu’on vit au cœur de l’Afrique qu’on a une vie trépidante tous les jours. En tous cas, ce rythme de cours me permet de terminer l’année d’ici quelques semaines. Il me reste 45 heures d’enseignement et 17 examens à faire passer et à corriger... heureusement que les effectifs sont réduits ! Tellement réduit, que l’on menace de fermer la section... Ah non alors ! On ne va pas se laisser faire tout de même ! Avec un collègue et un étudiant, nous sommes donc partis sur les routes à la rencontre des lycéens pour faire la « promo » de l’université de Ngozi et de notre département en particulier. Nous avons eu des moments d’échange très intéressant avec ces jeunes qui sont finalement très mal informés sur leur orientation après l’examen d’Etat (=bac). Ces petites virées m’ont aussi permis de mieux connaître mes collègues et les étudiants.
Un autre événement m’a aussi permis d’échanger davantage en-dehors du cadre de l’université. Malheureusement c’était lors des funérailles d’un collègue. L’enterrement était à Bujumbura alors nous sommes tous descendus de Ngozi pour la messe, puis nous sommes remontés après la réception. Etrangement, cette journée n’a pas été si triste puisque le retour s’est effectué en 6h au lieu de 2h, ponctué par un arrêt « brochette-bière » et un deuxième « bière-brochette ». Ces arrêts étaient de vrais moments de détente et de rigolade avec les collègues... histoire d’oublier un peu l’enterrement...
Au Burundi, tous les événements de la vie (et de la mort) sont de bonnes occasions pour boire des bières.

Voilà, quelques nouvelles un peu rapide... vous m’en excuserez, je le sais. Désolée pour le morcellement d’information, je veillerai à ma ligne éditoriale la prochaine fois (n’est-ce pas Ludo !).

Pour les amateurs de rando qui cherchent une destination pour leurs prochaines vacances, vous êtes les bienvenus ! Je reviens d’un week-end à Bujumbura où nous avons marché avec les copains 4 heures dans les collines qui dominent la ville... Superbe !
Pour les autres, il y a toujours le 4x4 mais c’est moins sympa.
Merci à Mme et M. Favre de leur visite et d’avoir acheminé les colis jusqu’ici !

Bises à tous et portez-vous bien.

Béné
* salutation dont la traduction littérale est "la paix"

12.05.2007

Episode 13 (...heu 15, merci Sarah!) : Jour de gloire !

Certes, la fête à la Concorde n'était pas en mon honneur et mon portrait ne figurera pas dans toutes les mairies de France, mais en ce dimanche 6 mai 2007, moi aussi, j'ai eu mon heure de gloire: une demi-page dans Ouest France!

Je prends la mesure de la responsabilité qui m'est confiée et je m'engage à accomplir ma mission au service de tous les Français... heu, pardon, je veux dire " de tous mes étudiants". Merci, merci, ...je suis très émue... Je voudrais tout d'abord remercier ma famille et mes amis qui m'ont soutenue et continuent de me soutenir dans cette aventure. Ma reconnaissance va bien sûr à Sophie Ribstein, l'auteur de l'article qui a partagé et a su témiogner de mon expérience au Burundi. Merci à Ouest France qui a jugé l'article (et donc mon expérience) digne d'être publié... mais comment pouvait-il en être autrement??? Rassurez-vous, moi-aussi j'admire ce que je fais !

Donc, après l'annonce de cette nouvelle, je suis allée faire le tour de la capitale en voiture, fenêtre ouverte, pour saluer tous les gens au bord de la route... Mais j'avais comme l'impression qu'ils n'en avaient rien à faire... J'ai attendu que les médias me contactent pour une interview exclusive, mais à 4h du matin, le téléphone était resté muet. Il devait sûrement y avoir un problème de réseau. A mon retour à l'université, j'étais surprise qu'ils n'aient pas prévu le service de sécurité. Les étudiants et mes collègues ont joué le jeu de l'indifférence. Ils ont eu raison, cela me permet de garder une vie simple malgré cette soudaine popularité. Des enfants ont couru vers moi pour me demander de l'argent et des bonbons, mais j'ai vu dans leur regard toute l'admiration qu'ils avaient pour moi (comme je les comprends! me voir de si près doit être un moment exceptionnel pour eux), je savais que l'argent et les bonbons n'était que prétextes, alors j'ai commencé à distribuer des autographes. Ils en sont restés bouche bée!

D'ailleurs, si vous souhaitez des photos dédicacées, envoyez une enveloppe avec votre adresse affranchie au tarif en vigueur à l'adresse suivante: Fan club de Bénédicte Dufour, Evêché de Ngozi, BP 2 Ngozi, BURUNDI. Mais ne comptez pas sur un remboursement des frais d'envoi, tout de même ! Vous pouvez dès à présent faire parvenir à ma secrétaire, vos invitations pour conférences, meetings et autres représentations publiques auxquelles je dois à présent me soumettre. Adresser une lettre à l'adresse ci-dessus ou laissez un message au 00 257 79 574 749.

Je vous adresse donc mes salutations les plus hautaines... heu, non! zut!... les plus SINCERES, bien sûr. OUh, je ne sais plus ce que je dis, tout cela me fait tourner la tête! Allé, sans rancune ;o)