08.08.2007
Episode 20
Discours et Fanta !
Changement d’hémisphère oblige, l’été est ici plus froid que l’hiver. Ne croyez pas non plus que la saison sèche vous assure un temps radieux en permanence, non, non, non. L’orage que nous (Denis, Sarah, ses parents et moi) avons traversé en remontant de Bujumbura samedi dernier en est un très bon exemple. Nous avons du nous arrêter quelques instants car on craignait que les grêlons ne cassent le pare-brise... hmmm, charmant !
Cependant les routes sont généralement sèches et la poussière vole partout.
C’est aussi le temps des remises de diplômes, des mariages et autres cérémonies. Des réceptions, en veux-tu, en voilà ! Oubliez la garden party, les petits fours et les stratégies de circulation entre les groupes de personnes que l’on veut absolument voir sans passer devant celles que l’on doit absolument éviter. N’essayez pas non plus de vous esquiver avant la fin, c’est tout simplement impossible !
Dot, baptême, mariage, enterrement, fête de départ, d’arrivée, toutes ces cérémonie sont calquées sur le même modèle et suivent un principe unique « le paroxysme de l’ennui ». Chaque réception burundaise s’organise de la même façon. On installe les invités sur des chaises en rang d’oignon, de façon à limiter leur déplacement et la communication entre eux. C’est là où vous avez intérêt à vous placer entre une personne qui pourra vous traduire les discours à venir et une autre avec qui vous pourrez échanger quelques commentaires sarcastiques (hi hi hi !). Mieux ! mettez-vous à côté d’une personne qui réunit ces deux qualités, mais là vraiment, c’est pas gagné.
Nous sommes donc installés comme dans une salle de classe, à côté (et derrière) les uns des autres, en attendant le discours du directeur... heu pardon, des personnes qui nous accueillent. Comme les élèves, on est plus ou moins attentif aux discours et à la cérémonie en fonction de son ancienneté. Les élèves des classes supérieures qui commencent à avoir l’habitude du protocole et des discours, attendent que cela se passe en buvant tranquillement leur bière ou leur fanta. Bien sûr, il y a toujours les bons élèves qui sont très attentifs et qui montrent, sous le regard lascif des cancres, tout l’intérêt qu’ils portent pour la cérémonie.
Il y a également les nouveaux venus qui s’enthousiasment à l’idée de participer à un mariage ou à un baptême (je mets à part la dot car, parfois, c’est sympa). Ils font partie des premiers arrivés... tout simplement parce qu’ils étaient à l’heure. Ils prennent des photos de tout le monde et surtout lors des discours (et Dieu sait s’il y en a !), ils se demandent s’ils sont assez bien habillés et elles, si elles ont bien fait de s’habiller en costumes traditionnels. Mais rapidement, ils perdront cet enchantement de la découverte et traîneront des pieds à la prochaine invitation à l’idée de passer une demi journée ou plus le postérieur vissé sur une chaise, un coca à la main, à attendre sans fin les discours que personne n’aura eu le tact de leur traduire.
En face, sur un canapé de toute beauté (admirez l’imitation léopard et la finesse des napperons) siègent les intéressés : dotés, baptisés, mariés, veufs... en fonction des circonstances. Une fois que tout le monde a eu son coca ou sa bière, on peut enfin prononcer un ou plusieurs discours. Pour les dots, il s’agit de négocier la fille et là, ce sont les représentants des deux familles qui parlementent. Pour le baptême, ce sont les parents, les parrains, le représentant des invités qui prennent la parole, pour le mariage, les parrains des mariés etc... Tout le monde a le droit à son discours ! Et après chaque discours, tout le monde a droit à une tournée de boisson. Youpi ! Après cela, tout le monde (burundais) est content. On s’est gargarisé de discours et de boisson, on peut donc rentrer chez soi. Voilà, c’est fini.
Une mention spéciale est toutefois attribuée aux dots qui peuvent être réussi lorsqu’il y a des danses et de la bière de miel ! hummm !
Mais on en ressort quand même avec l’arrière-train tout engourdi et une faim terrible. Allez, bonnes cérémonies à vous tous. A très bientôt.
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21.07.2007
Episode 19, Kirundo
Bref, comme je vous l’avais annoncé, il ne me reste que les examens à faire passer : première et deuxième session, soit 22 examens. Je précise pour ceux qui sont encore persuadés que je vais me tourner les pouces jusqu’en octobre. Non ! Je ne vais pouvoir me tourner qu’un pouce à la fois...oooh zuuut...
Ces vacances commencent d’ailleurs plutôt bien. L’arrivée de Marie (la sœur de Sarah) et d’Olivier (son copain) a été l’occasion d’une excursion à Kirundo. Cette charmante bourgade burundaise se situe à 1h de route au nord de Ngozi. Perchée sur les collines, la petite ville domine le lac paisible de Rwihinda. (Remarquez le style lyrique, je pourrais peut-être faire les commentaires des reportages du 13h de JP Pernaux !)
Bref !
Ayant programmé cette excursion depuis plusieurs jours, les copains de Busiga* et moi-même attendions impatiemment la fin de la semaine pour filer sur les bords du lac et glisser sur les eaux à bord d’une pirogue...
Oui mais voilà ! J’avais confié ma voiture au garagiste pour qu’il change les filtres qui apparemment ne filtraient plus grand-chose. Et en voyant ma voiture au fond de la cour du garage vendredi à 18H, et sans nouvelle du garagiste, on s’est dit que le départ allait être retardé. Et la question qui se pose souvent c’est « jusqu’à quand ? ».
Après une chasse à l’araignée et une partie de Pickomino, nous avons donc dormi à la maison. Le lendemain matin, la voiture a même été déposée devant ma porte vers 9H, formidable ! On a donc attendu 10H, la fin des travaux communautaires, pour pouvoir circuler et partir en week-end. Seulement, avoir une voiture avec des filtres neufs c’est bien, mais pouvoir démarrer, c’est mieux ! Et oui, le garagiste m’avait rendu la voiture avec la batterie vide ! Ah quelle bonne blague !
Allez, on ne s’est pas démonté et j’ai rappelé mon garagiste qui est venu avec des câbles rafistolés pour démarrer la voiture. Ouf ! ça démarre ! On est finalement partis soulagés et détendus... enfin pas tout à fait... Mon garagiste m’avait demandé de remettre de l’essence avant de changer les filtres. Je lui avais donc confié la mission et l’argent pour remettre 15 litres dans le réservoir. Ayant parcouru les 2/3 du trajet je constatai que le réservoir était presque vide. Et la prochaine station d’essence était... à Kirundo ! Gloups ! Denis a fait le calcul entre la distance parcourue et la quantité d’essence « supposée » dans le réservoir, et notre consommation s’élevait à 18L au 100km ; ce qui fait beaucoup pour un diesel ! Le garagiste m’a donc piqué 5 litres d’essence (qu’il justifiera ensuite par le changement des filtres qui nécessite de consommer de l’essence... Y a-t-il des mécaniciens pour confirmer ?)
Arrivés à l’hôtel, on a encore du négocier avec les responsables qui voulaient nous faire payer la nuit de vendredi à samedi que nous avions réservée mais pas annulée puisque ils étaient injoignables (ils ont eux-mêmes avoué que le téléphone ne fonctionnait pas, mais insistaient tout de même pour que l’on paie 2 nuits au lieu d’1. Pas mal !)
Oulala, moi je sentais la pouasse nous poursuivre mais le reste du week-end a été fantastique. Nous sommes aussitôt partis vers les bords du Lac aux Oiseaux pour visiter une huilerie et pique-niquer au bord de l’eau. L’Abbé Gérard nous a accueilli dans son centre agro-pastoral où ils fabriquent donc ... ?
...de l’huile (merci pour ceux qui suivent) et où ils forment les paysans à la gestion raisonnables des leurs terres et de leurs ressources. Un projet de fabrication de « mousseux » d’ananas verra bientôt le jour, en attendant de pouvoir réaliser d’autres projets comme un centre de formation professionnelle pour les bacheliers qui n’accèdent pas à l’université et se retrouvent sans qualification. Voilà un homme dynamique et passionné par ce qu’il fait, il nous a parlé des systèmes de récupération d’énergie, des énergies nouvelles qu’il faudrait développer ici, etc. Si vous connaissez un ingénieur agronome qui souhaite aider un beau projet, je sais où l’envoyer. Et le cadre est superbe !
Nous souhaitions donc profiter de ce cadre pour pique-niquer. Mais comment pique-niquer en pleine nature dans un endroit surpeuplé où les gens ont parfois du mal à se nourrir ? C’est un peu comme se faire un repas de Noël en face des Resto du Cœur... ça met mal à l’aise.
On est donc retournés chez Gérard pour manger nos sandwiches dans son jardin. Trop sympa Gérard !
Après une après-midi balade et sieste, le meilleur poulet du Burundi (ou réputé comme tel) nous attendait sur la table d’un petit boui-boui éclairée par un néon branché sur une batterie de voiture (toute une installation !). Accompagné d’un verre de bière de banane (isongo), il ne manquait rien.
Le lendemain matin, nous étions levés aux aurores pour aller observer les oiseaux au Lac Rwihinda, plus connu des étrangers sous le nom de Lac aux Oiseaux (quelle originalité !) à l’heure où ils sont encore sortis (les oiseaux, pas les étrangers) pour profiter de la fraîcheur matinale. Ibis, martins pêcheurs, hérons, cormorans, canards, aigle pêcheur et même un hibou (énorme !) étaient au rendez-vous. A l’heure où certains (étrangers, pas oiseaux) vomissent dans les toilettes d’une boîte de nuit, nous glissions sur l’eau dans la lumière douce et diffuse du lever de soleil pour rejoindre un îlot au milieu du lac, refuge pour ces oiseaux à l’écart des hommes. Un de ces instants où l’on n’échangerait sa place pour rien au monde.
Même les meilleures choses ont une fin et après 2 heures de balade en pirogue (tout de même) nous sommes repartis vers Ngozi et Busiga avec pleins de belles images dans la tête !
*(Un cadeau à gagner pour ceux qui peuvent me citer leurs prénoms en moins de 5 secondes)
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26.06.2007
Episode 18 Festival Interuniversitaire des Arts de Butaré
...Et là ! Je crée un sentiment d’inquiétude chez tous les lecteurs qui ont sauté l’épisode 17 « Que s’est-il passé ? ».
Alors !? Que faire ? Vous continuez de lire cet épisode ou vous cliquez immédiatement sur le précédent ? A moins que vous n’ayez reçu le coup de fil de votre meilleure copine pour vous dire « t’as lu le dernier épisode ?! Non ???? ‘Faut que je te raconte ! C’est terrible ! »
...d’accord, j’en rajoute... j’ai cru, l’espace d’un instant, au succès considérable de mon blog, devenu un « blogbuster », créant chez mes fans la même angoisse que je ressentais en attendant la saison suivante de Friends ! Mais Spielberg ne m’a pas contactée pour acheter les droits de mon aventure burundaise et mes 9m2 de chambre sur ma colline au fin fond du Burundi ne ressemblent pas à un plateau TV où j’expliquerais comment Loana m’a appelée pour écrire ma biographie... snif !...
Mais je sais que mes « fans » sont là. Oui maman, je n’oublie pas que tu es ma première fan ! Je n’oublie pas non plus les copines et la famille ;o) Merci à tous.
Il est vrai que je ne suis pas très reconnaissante ces derniers temps et vous aviez cru que je vous avais oubliés. Loin de là ! Mais, vous comprenez « Nous Les Artistes nous souffrons du génie de la Créativité, maître et esclave à la fois, au cœur de nos contemporains et pourtant si loin et inaccessibles... »
Eh oui, ça vous épate ! Je sais, c’est normal... Vous serez gentils de ne pas vous approprier cette citation, elle est de Moi. Merci.
Bref ! Tout ça pour vous dire que je n’avais pas l’inspiration... « Quoi !? T’as retenu ton souffle pendant tout ce temps ? Trop balaise ! » (Intervention stupide de la petite voix stupide).
Plus de tracas ! Tonton Cristobal et le moral sont revenus ! Le week-end dernier, j’ai assisté au 5ème Festival Interuniversitaire des Arts de Butaré (Rwanda) qui réunit les étudiants de la région des Grands Lacs (Rwanda, RDC, Burundi, Ouganda, Tanzanie et Kenya) pour trois jours de représentations artistiques : danse, musique, théâtre, tambours. Les jeunes artistes doivent traiter chaque année d’un thème à travers leurs créations, le thème de cette année étant « la bonne gouvernance ». A l’issu de ce week-end de réjouissances, le jury élit le meilleur groupe dans chaque catégorie. L’université de Ngozi, que j’ai accompagnée et qui concourait pour le meilleur tambour, a décroché la 2ème place (sur 2 groupes inscrits, c’était pas trop dur).
Bien sûr, ça a été toute une histoire pour que je les accompagne. Mais comment pouvait-il en être autrement quand on sait mon aptitude à faire les choses simplement. ;o)
Après avoir récupéré à Bujumbura mon passeport contre 60 dollars, j’ai rejoint la troupe à Ngozi pour m’entendre dire qu’il n’y avait peut-être pas de place pour moi. Gloups ! Mais finalement, il y a toujours une solution et une fois arrivés sur place, on a été accueillis comme des princes (hôtel top classe). J’ai même fait partie du jury ! Ce qui est assez drôle pour quelqu’un qui n’était pas sensé être là. Oui mais voilà, juger du théâtre sans comprendre la langue (kyniarwanda) me paraissait difficile. Mon rôle s’est donc limité à l’observation simple des spectacles pendant 3 jours. Ce qui m’a aussi permis d’éviter de monter sur la scène comme membre du jury lors de la cérémonie de clôture. Ouf !
Les 12 universités participantes ont présentés des spectacles remarquables. C’était impressionnant de voir ces jeunes en jean/baskets la journée, monter sur scène en habit traditionnel et danser comme on le fait chez eux depuis des générations, avec les tambours, les lances, les peaux de bêtes et les calebasses. Toutefois une pointe de modernité est venue du Congo qui a mis le feu à la salle avec leur musique et leur danse improbable mais qui fait bouger tout le monde en boîte de nuit. Fantastique !
Le cadre du FIAB (comprenez « le festival ») était également impressionnant. Le campus de l’Université Nationale du Rwanda est un campus à l’américaine, avec ses grands espaces verts, ses grands bâtiments et sa salle de spectacle qui ferait honte à beaucoup de salles de spectacle françaises. Ce bref séjour au Rwanda m’a permis de constater le virage anglophone qu’a pris le pays. Tous les panneaux sont en français et en anglais au sein de l’Université et la présentation du festival s’est faite dans les 2 langues. Le rythme imposé par les représentations (matin, après-midi et soir) ne m’a pas permis de voir autre chose que l’hôtel et l’université. J’espère toutefois pouvoir y retourner et prendre le temps de visiter la région.
Je suis à présent de retour à Ngozi pour terminer mes enseignements de cette année académique et faire passer pas moins de 17 examens. Allé, courage !
Bises à tous, prenez soin de vous.
Béné
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