05.12.2007
épisode 26 : Une bougie!
C’est sûr, le Burundi sera le dernier endroit que verra mon ordinateur... Convalescences sur convalescences. Ça commence à me taper sur le système surtout quand les personnes sensées réparer gardent l’ordinateur pendant 2 ou 3 semaines, pour finalement ne rien faire dessus.
... Allé, respire, Béné... ça va bien se passer.
Voilà donc une des raisons de mon silence prolongé et à répétition.
A part cela, j’ai donc fêté le 1 novembre les 12 mois de Burundi ! J’avais mis de côté une bouteille de Champagne que maman m’avait fait parvenir il y a déjà plusieurs mois. Je voulais une sacrée occasion pour la déboucher. Et 1 an de Burundi, je peux vous dire que c’est un motif valable pour sabrer le champagne !
Comme je n’ai pas de grosses nouvelles, ni d’anecdotes croustillantes à vous raconter cette fois-ci, je vais essayer de vous transmettre mes impressions après 12 mois loin de vous et près des Burundais et des autres.
Donc, ceux qui voulaient de l’aventure peuvent déjà se déconnecter, rendez-vous au prochain épisode...
Pour les autres... heu... y a encore quelqu’un ???
Bon, je continue, de toutes façons, je suis toujours seule face à mon ordinateur.
Au bout d’un an, on peut se dire « Whouah ! Déjà ?! » ou encore « Oh lala, encore un an à tenir... ». En fait, dans mon esprit c’est un peu les deux. Je réalise qu’après un an, il y a plein de choses que je voulais faire et que je n’ai pas faites ; pourtant ce n’est pas le temps qui m’a manqué entre juillet et aujourd’hui, vu que je n’enseignais plus. Mais alors qu’ai-je fait pendant toutes ces semaines ? Entre vie tranquille à Ngozi, descente à Buja pour se changer les idées et vacances avec maman, je n’ai pas vu le temps passer. Et voilà les examens qui arrivent suivis de près par la rentrée des classes.
Et ce grand projet d’aquarelles ? En fait, je n’ai que quelques croquis dans mon carnet et 2 aquarelles. Pas grandiose, quoi ! Disons que ça viendra... Je sais, certains d’entre vous entendent ça depuis longtemps et se demandent quand je m’y mettrais vraiment.
... un jour...
Déjà un an ! Et je découvre encore beaucoup de choses. Je réalise aussi qu’il y a plein de choses au Burundi et des Burundais que je ne comprendrait jamais. Comme leur capacité à apprécier des fêtes mortellement ennuyeuses, le poids de l’habitude même chez des gens soit-disant « ouverts » à d’autres idées, la stupéfaction des gens que je croise tous les jours et qui m’appellent encore « muzungu » et me demandent de l’argent, l’inertie des gens face à l’injustice et à l’assistanat. « C’est comme ça » entend-on trop souvent, dans le sens « on n’y peut rien », mais par contre, nous les Blancs nous pouvons tout faire pour les sauver de la misère. Parce que nous avons beaucoup d’argent bien sûr... Eh oui, évidemment ! J’en ai tellement que je m’essuie les fesses tous les matins avec des billets de banque. Le pire, c’est que si je dis ça, certains seront capables de me croire... et pas forcément les moins instruits comme on voudrait bien le penser.
« On n’a pas de moyens, on n’a pas d’argent... ». Depuis quand l’argent permet d’avoir des idées ? Certes, bien souvent l’argent permet de les réaliser. Mais avoir des idées, ça ne coûte rien, que je sache ?! Et il y a beaucoup de choses que l’on peut faire sans argent mais qui améliorent le quotidien, non ?
Vous allez me trouver dure, mais après un an d’observations, de réflexion, il y a des moments où je sature. Oui, quand on sort d’un conflit, c’est difficile de se projeter dans l’avenir. Oui quand on doit faire face à la corruption dès qu’on a une idée, ou pire, une initiative, on se décourage vite. Quand un système hérité de la colonisation ne favorise pas la réflexion personnelle, l’esprit critique et l’estime de soi, en effet on n’a pas la même rage de faire avancer les choses. Forcément... L’Europe reste le modèle, la référence qu’on ne doit surtout pas remettre en question. « C’est tellement bien là-bas ! Ils ont tellement d’idées pour nous, on n’a qu’à les laisser réfléchir à notre place. Et ils ont surtout les moyens de réaliser les idées qu’ils ont pour nous. Encore mieux ! » C’est vrai que l’intervention des « Blancs » (mais pas seulement car l’Afrique du Sud devient le Messie africain envoyé pour les sauver aussi de la crise politique) ne favorise pas toujours ou pas encore cette émancipation.
Je me dis que le gros du travail que je veux faire ici par le biais de mes cours, c’est justement semer ces idées de prise de distance, de réflexion personnelle, de prise de position et de prise de risque (intellectuelle, bien sûr). Pas évident mais je crois que certains ont commencé à recevoir le message... Faut-il encore qu’ils l’intègrent, mais ça, c’est leur boulot. Je sème des graines sans savoir lesquelles vont germer. C’est peut-être cela le boulot d’un prof ?
Sur le plan personnel, le tableau est un peu plus sombre. Quels sont mes vrais amis burundais ? Ceux qui ne me côtoient pas pour des intérêts pécuniaires ou dans l’espoir de m’épouser... pour les mêmes raisons. A Ngozi, il ne reste plus grand monde... D’ailleurs, il ne reste personne. A Buja, c’est différent, les amis sont davantage des connaissances que je croise de temps en temps les week-ends.
Heureusement, il y a toutes la clique des volontaires et certains expats avec qui je peux partager des points de vue, qui ne me sollicitent pas pour que je leur paie une bière ou, quand je leur paie une bière, je ne me retrouve pas avec leur bonne femme sur le dos pour des histoires de couples malheureux et jaloux.
A part ça, le pays est magnifique mais je me désole de le voir s’enfoncer dans une crise humaine et écologique par manque de conscience et de volonté des politiques. J’aime toujours voir les nappes de brumes caresser les collines dans la lumière d’un coucher de soleil, ou les enfants faire rouler un cerceau ou une voiture en fil de fer devant eux. Peut-être ne me suis-je pas défaite de ces clichés et ce que j’apprécie sont finalement ces images toutes faites qui persistent car elles sont quand même bien réelles ? Alors si c’est cela, c’est un peu triste après un an, de tenir grâce à ses clichés.
Voilà, après un an, le bilan certes mitigé que je peux faire entre désillusions et... désillusions. Ne vous en faites pas trop non plus, je tiens le coup grâce à mes amis sur place avec qui je passe des moments inoubliables. Nous vivons quelque chose qui n’est pas facile tous les jours et qui demande beaucoup d’énergie mais qui nous lient très fortement. Et ça, c’est super. Mais la rencontre avec les Burundais n’est pas celle à laquelle je m’attendais, surtout après mes quelques semaines au Mali. Et oui, on a tendance à dire l’Afrique comme si c’était une entité homogène. Mais elle est aussi multiple que l’est l’Europe, et quand on va à Hamburg, on ne rencontre pas les mêmes gens qu’à Naples. Ça parait idiot ce que j’écris mais le Burundi et le Mali, c’est un peu le même rapport de comparaison : rien à voir !
Je n’idéalise pas non plus le Mali. Peut-être aurais-je été tout autant déçue après un an au Mali. Mais là n’est pas la question.
Encore d’autres découvertes en perspective pour cette année à venir puisque je pars 12 jours en Afrique du Sud après Noël ! Et dans quelques mois, je vous retrouverai en France pour un break de 4 semaines qui, je pense me fera du bien...
Je vous embrasse tous très fort. Merci pour vos mails ou vos commentaires sur le blog. Ça me rapproche toujours de vous, du coup je ne serai pas complètement larguée quand je rentrerai, alors merci et continuez.
Bises, Béné.
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01.11.2007
Béné Tour Operator
Comme vous le saviez peut-être ma maman m’a rendu visite du 17 au 26 octobre. Après un an de séparation, nous nous sommes donc retrouvées à l’aéroport de Bujumbura, découvrant la nouvelle coiffure de l’une et l’autre (ses cheveux gris, mes cheveux courts). Très émouvant ! (les retrouvailles, pas les cheveux !) Mais bien sûr, pour ceux qui nous connaissent bien, vous savez qu’on retient toujours ce genre d’émotion. Ce n’est toujours pas dans la tradition familiale de se laisser aller en public. Voyons, un peu de tenue !
Je lui avais donc concocté un petit périple à travers le Burundi afin de lui faire découvrir la variété des paysages et les endroits que j’aime et où je vis.
Avant de partir vers le Nord, nous nous sommes reposées chez Céline, Estelle, Mélanie et Julien (enfin c’est surtout maman qui s’est reposée après un long voyage plutôt fatigant car les avions et les aéroports ne sont certes pas les meilleurs endroits pour se reposer). Elle a donc pu ouvrir son épicerie roulante. Je veux parler de sa valise, bien sûr. 25kg de bagages dont 5kg pour ses affaires ; le reste constituant la meilleure épicerie/bazar que l’on puisse trouver au Burundi. On aurait pu l’appeler « Au Bonheur des Volontaires » ! Tout y était : des bonbons au chocolat pâtissier en passant par des CD vierges au vermifuge pour chat, du pâté Hénaff au déodorant Yves Rocher, sans oublier les cartouches d’encre pour l’imprimante et même le set de table de Saint-Malo ! Et je ne vous fais pas la liste complète, j’ai d’autres choses plus intéressantes à vous raconter.
Jeudi matin, direction Ngozi. Maman découvre le bus local qui monte plus ou moins vite (selon le chauffeur et le véhicule) à travers les montagnes et les collines vertes de la région nord. Pas très facile de prendre des photos sur la route parfois cabossée et cela demande rapidité et anticipation pour prendre le cliché du paysage avant le virage, le camion ou le bananier qui masquera la vue. L’étonnement de maman m’a rappelé mes premières impressions en voyant les cyclistes remonter les collines, accrochés à l’arrière des camions qui croisent d’autres cyclistes surchargés de régimes de bananes vertes dévaler à toute vitesse la route jusqu’à Bujumbura. Là, on ne pense même pas à l’accident, ça ne serait vraiment pas beau à voir.
Après une courte halte à Ngozi, nous remontons encore plus au nord pour découvrir Kirundo et se payer une petite balade en pirogue sur le Lac aux Oiseaux, le lendemain à l’aube. Malgré quelques soucis de piles pour l’appareil, je crois que maman a aimé cette petite balade.
Nous nous arrêtons brièvement à Ngozi pour partager le déjeuner chez la famille de Sidibi, les personnes les plus modestes mais les plus gentilles que je connaisse ici. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, mais c’est avec le sourire que sa maman et son frère nous offre le couvert. Au menu : riz, sauce tomate, ndagala (petits poissons séchés) et jus de banane, dans la petite maison en terre crue au milieu des bananiers. Voilà la vie simple de la plupart des Burundais. La maman de Sidibi doit vraiment se demander ce que l’on mange en France, il n’y a pas de manioc ni de patates douces, pas de colocases ni même de bananes ! Incroyable !
Dans l’après-midi, nous partons vers un endroit encore plus isolé mais beaucoup plus confortable : la maison de Sarah et Denis à Busiga. Maman visite l’orphelinat, les jardins, l’atelier et repart avec des confitures et des cartes postales fabriquées sur place. Nous profitons de l’après-midi pour faire un petit tour du marché de Ngozi avant de dîner avec les prêtres de l’évêché. La suite de la soirée sera beaucoup plus agitée : finale de rugby puis rythme d’enfer sur la piste de la Moda, la nouvelle boîte de Ngozi. Et ce, jusqu’à 4h30 ! Il a presque fallu insister pour ramener maman ! ...non, maman, je plaisante. Mais tu as épaté tout le monde !
Le lendemain, nous retournons à Bujumbura, récupérer la voiture de location pour un autre petit périple, dans le sud du pays, cette fois-ci.
Nous prenons donc la route lundi matin, en compagnie de Faradji, notre chauffeur, direction Saga Resha, le temps de faire une pose « fanta » avec des amis qui passaient la journée là-bas. C’est une plage isolée à 1h30 de Buja où il fait bon se baigner, boire un verre et manger des brochettes de poissons. Mais nous quittons rapidement nos amis pour déjeuner à Rumonge (prononcé Roumongué, n’est-ce pas maman ;o). Ce devait être un déjeuner rapide mais la restauration au Burundi réserve toujours des surprises. Peu importe... nous sommes en vacance et il n’y a pas de train à prendre... d’ailleurs, il n’y a même pas de gare au Burundi, alors...
Notre tentative de visiter la réserve forestière de Bururi se soldera finalement par un échec, faute de trouver une piste praticable pour accéder à l’entrée du parc. Pas de stress... Continuons dons vers Buta où nous comptions de toute façon passer la nuit. A Buta, nous découvrons le monastère, la belle hôtellerie et le mémorial isolés à la lisière d’une forêt d’eucalyptus. Le mémorial rappelle le massacre d’une 40aine de jeunes séminaristes (moyenne d’age de 17 ans) massacrés à cet endroit en 1997 car ils refusaient de se séparer en 2 groupes (Hutus et Tutsi) comme leur ordonnaient les hommes armés qui les avaient attaqués. C’est un lieu très fort qui, grâce au Père Zacharie, rend hommage au courage de ces « Martyr de la Fraternité ».
Le soleil n’ayant pas encore disparu, il nous restait alors encore un peu de temps pour nous rendre aux sources d’eau chaude à 9 km de là. Mais ne vous y méprenez pas, vu l’état de la piste, il faut bien plus de 10 minutes pour s’y rendre. Heureusement, nous avions un conducteur exceptionnel (moi, en l’occurrence ;o) ...mais où était Faradji ?) pour nous y conduire en 45 minutes !
Je crois que maman a été impressionnée par les nombreuses femmes avec enfants qui se baignaient dans le bassin chaud et elle n’a pas osé se baigner. Moi, j’avais trop galéré sur la piste pour ne pas en profiter une fois arrivée ! ahhh, un bon bain chaud....
Après une bonne nuit de sommeil, nous voilà repartis vers la plaine du Mosso pour visiter l’usine de sucre, la Sosumo. C’est incroyable, rien ne se perd, tout se transforme dans le sucre !
Mais pas de temps à perdre ! Une fois la visite terminée et le déjeuner avalé, on remonte dans la voiture pour rejoindre Ruygi où je dois retrouver Jean-Baptiste qui travaille à la Maison Shalom et que je n’ai pas vu depuis 1 an. C’est-à-dire depuis que nous nous sommes quittés à l’aéroport de Bujumbura après 2h de discussion dans l’avion, lors de mon arrivée au Burundi.
Il nous fait un accueil remarquable, nous offre le gîte et le couvert et nous fait visiter les différentes structures de la Maison Shalom : la bibliothèque des Anges, le garage des Anges, le cinéma des Anges, etc... Tout cela est né d’une femme, Maggy, qui a recueilli 25 orphelins des massacres et a construit des maisons d’accueil puis des ateliers et bientôt un hôpital (beau projet mais qui laisse perplexe) pour le bien-être de ces enfants et de l’ensemble de la communauté de Ruygi.
Dès le mercredi matin, nous laissons Ruygi et les rêves de Maggy derrière nous, pour rejoindre d’autres enfants et d’autres rêves, ceux que font la directrice et les enfants du Centre pour sourds et muets à Gitega. J’avais eu l’occasion de les rencontrer quelques semaines auparavant et je souhaitais faire découvrir cette structure à maman qui cherchait un projet à soutenir avec les amies du club Inner Wheel. Toujours très occupée, la directrice nous a accueillis avec le sourire avant de partir pour Bujumbura où une exposition des productions de diverses associations était organisée par le Binub (l’ONU au Burundi). Chouette ! L’occasion pour nous de faire les achats d’artisanat, tout en soutenant de beaux projets.
Nous rentrons à notre tour sur Bujumbura et profitons d’avoir encore la voiture pour nous rendre au parc de la Rusizi, observer les hippopotames ! Eh oui ! ça manquait un peu au programme, les animaux. Nous n’avons pas été déçues, les hippo étaient au rendez-vous. Mais les crocos ne nous ont pas attendues, le soleil était déjà caché et l’heure de la bronzette terminée... zut !
Comme tout bon tour operator qui se respecte, j’avais réservé la dernière journée pour le shopping. Maman en a profité pour remplir sa valise de nappes, paniers, cartes (encore !) et autres souvenirs du Burundi.
Il n’y a pas que la valise, d’ailleurs, qui était pleine de souvenirs. Je pense que la tête de maman aussi. Je l’ai donc ramenée à l’aéroport pour la laisser repartir vers la France. Je lui laisse le soin de vous raconter, pour ceux qui ont son contact, ses impressions et tout le reste.
Merci maman pour ta visite. J’espère que je n’ai pas trahi dans mes mots ce que tu as vu et vécu pendant ton séjour. Si tu as des remarques ou ajouts à faire, tu peux bien sûr le signaler dans un commentaire ou même écrire un contre-épisode !
Merci pour les lecteurs qui ont tenu jusqu’à la fin. C’est un épisode un peu long mais j’espère avoir réussi (même si c’est présomptueux) à vous faire partager un peu de ces moments et pourquoi pas (oulala ! trop présomptueux !) à vous donner l’envie de découvrir ce pays (avec ou sans moi... mais sans, vous perdez quelque chose ! ;o)
Prenez soin de vous, à la prochaine.
PS : des petites nouvelles de vous ou des commentaires me font toujours plaisir. A bon entendeur ! ;o)
02.10.2007
episode 24
Il y a des cérémonies qu’on préfère éviter. D’abord, être invitée pour la seule raison qu’on a une voiture puis être considérée comme simple chauffeur, c’est logique, mais ça énerve. Surtout quand on espérait être « intégrée » (ah ! la belle illusion !) un minimum dans la vie sociale de ses collègues.
Ensuite, parce qu’enterrer un collègue six mois après avoir fêté son mariage, ça fait monter un sentiment de colère face à l’injustice de la vie.
Ça fait aussi comprendre que le sida est partout mais qu’on ne meurt pas du sida en Afrique. Non. On meurt d’une hépatite B, du palu, d’une mauvaise grippe... mais pas du sida.
Voilà... mais la vie continue comme partout ailleurs. Alors on sort quand même boire une bière avec un collègue (ah, oui ! il y en a quand même un qui s’intéresse à nous en-dehors du boulot et qui nous demande ni argent, ni voiture, ni aide pour un troisième cycle en France).
Les cabarets se suivent et se ressemblent. On a toutefois une préférence en fonction des poivrots qu’on est sûr de rencontrer, des vieux notables qu’on veut absolument éviter et de la qualité des brochettes. Sinon, c’est toujours la même chose : Amstel, Primus, Fanta (citron ou orange), Coca et, avec un peu de chance, du Schweppes.
Une petite radio grésillante fait tout ce qu’elle peut pour diffuser la musique que tout le monde écoute partout, les derniers tubes de Tanzanie, Burundi, Ouganda., etc.
Alors on s’installe, souvent dehors, sur une table en bois pour partager la bière avec quelques bananes frites qui accompagnent les brochettes de chèvre.
Au milieu des tables, des gamins circulent avec, sur la tête, un plateau rempli de petits sachets d’arachides grillées à 50 FBU. Ils restent souvent à côté de vous pour regarder cette chose tellement étrange que vous êtes : le muzungu (le blanc). Ils ont la même attitude que ces gens collés à l’écran de télé dans les supermarchés. La différence est que, contrairement à la télé, vous avez conscience des ces regards qui vous assaillent. Alors, vous faites en sorte d’obtenir un sourire (souvent gêné) de ces gamins. C’est drôle comme les gens ne supportent pas de recevoir le même regard qu’ils portent sur les autres. C’est un jeu que j’aime faire (quand je suis assez patiente pour cela). Je m’arrête en face de la personne qui me dévisage et je le dévisage de la même façon. En général, elle se sent tout de suite gênée, sauf quelques personnes au regard abruti qui, sans honte, vous diront « donne-moi l’argent, muzungu ». Là, vous poussez un soupir de tristesse... Ah ! C’est vrai ! J’avais presque oublié que j’étais un dollar ambulant avec les bras et des jambes (blancs, bien sûr). Tant pis, ce n’est pas grave. Je ne passerai pas ma vie ici de toutes façons.
Après les discussions sur les mots kirundi, les différences entre France et Burundi, on rentre chez soi à l’heure où les petits gavroches de 7 ans, ayant vendu toutes leurs cacahuètes, disparaissent dans la nuit.
Je vous souhaite à tous bonne nuit ou bonne journée. Prenez soin de vous.
« Voici des hommes noirs debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d’être vu. Car le Blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie ».
JP Sartre, Orphée Noire.
19:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


