20.08.2008
Goodbye Tantine
L’heure des au-revoir est aussi celle des révélations. Ainsi mes collègues et les étudiants de Lettres ont organisé, pour mon départ, une réception (je n’oserais pas dire « petite », vu les efforts qu’ils ont fournis pour organiser cela). Bière, Fanta, brochettes… rien n’a manqué. ET surtout pas les discours : celui du doyen de la faculté, celui des étudiants et le mien. Oui, tout à fait ! Je me suis également pliée à cet exercice périlleux du discours en public. Bien sûr, il manquait toute la virtuosité métaphorique que permet le kirundi. Mais apparemment, je n’ai pas été trop mauvaise, puisqu’ils m’ont félicitée pour mon discours… à moins que ce ne fusse par pure courtoisie parce que je leur avais dit tout le bien que je pense d’eux.
Durant le discours du représentant des étudiants, j’ai appris qu’ils m’avaient surnommée pendant ces 2 ans « Tantine » ! Ce qui nous a fait beaucoup rire. Décidément, mon collègue n’était pas le seul a trouvé que je les maternais. Mais cela me fait plaisir, car c’est plutôt gentil (enfin… je l’ai pris comme tel) et l’on sait tous que les étudiants sont loin d’être tendres lorsqu’il s’agit de donner un surnom à leurs professeurs.
Même si je ne souhaite pas rester, je sais déjà que ces étudiants vont me manquer… mes collègues aussi, d’ailleurs. Je crois que ce n’est pas partout que l’on peut avoir une telle relation avec ses étudiants. Ils sont pleins d’énergie et de volonté. Malgré leurs conditions financières parfois difficiles, leur vie de famille à mener (certains sont mariés et déjà parents), les moyens matériels de l’université qui frustrent la curiosité intellectuelle, ils s’accrochent à suivre ces 4 années d’études dans une langue qui n’est pas la leur et que l’on demande de maîtriser parfaitement. Mais surtout, ils m’ont supportée pendant ces 2 ans. « Supportée » dans les 2 sens ; ils ont subi mes humeurs, mes ras-le-bol de répéter tout le temps la même chose, mes remises en question, ils ont accepté une prof qui marche à pied ou qui vient en taxi-vélo et qui parfois a une chaussure trouée (ce qui change de quelques profs qui se donnent des airs supérieurs parce qu’ils ont atteint un certain niveau social). Mais ils m’ont aussi « supportée » ou « portée », lorsque le moral était au fond de mes baskets trouées. Tous ces matins où lorsque le réveil sonne, je me disais « hmmm, j’ai pô envie d’y aller… pfff », bien sûr j’y allais quand même et finalement, la journée se passait mieux que je ne le prévoyais car, contrairement à moi, ils semblaient toujours de bonne humeur (mais comment font-ils ?!), toujours extrêmement polis et je dois dire qu’ils sont assez bon public car ce n’est pas difficile de les détendre avec une petite blague pendant le cours.
Voilà, je sais que j’ai beaucoup écrit sur mes étudiants, souvent pour râler. Mais une « tantine » est aussi là pour cela, pour dire ce qui ne va pas, pour rouspéter parfois, pour féliciter aussi. Finalement, c’est comme une vie de famille, il y a des hauts, des bas, le quotidien qui s’installe. Mais quand il faut dire au-revoir, on est tout malheureux.
Cet épisode est sûrement le dernier de ce blog, car il me reste 10 jours avant de reprendre l’avion, et je ne suis pas sûre d’avoir le temps de vous écrire une nouvelle fois. Peut-être aurai-je envie d’écrire à mon retour pour donner mes impressions « post-Burundi ». Mais je ne souhaite pas continuer davantage car ce blog avait pour objectif de garder le contact avec vous tous pendant ces 2 ans, car les moyens de télécommunications traditionnels ne le permettaient pas. Une fois sur le sol français, je serai joignable par téléphone et mail 7/7j, 24/24h pour le mail, pour le téléphone je compte sur votre savoir-vivre pour ne pas appeler au milieu de la nuit (exception faite pour le 31 décembre).
Merci à tous de m’avoir suivie pendant tout ce temps. Merci pour vos commentaires, votre soutien et vos compliments (merci aussi pour les petits mots du 13).
Bises à tous et à très bientôt en chair et en os !
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