21.07.2008

Les Bonnes choses ont une fin… Rassurons-nous, les mauvaises aussi !

Ainsi, Mutamax a enfin quitté le Burundi et Ngozi par la même occasion ! Plus de grognements incompréhensibles, de plaintes sur les nombreuses maladies (réelles ou imaginaires) et sur le fonctionnement de l’université… bref, je retrouve la maison et Julien par la même occasion, puisqu’il avait quasiment déserté depuis que le vieux l’avait qualifié d’ « incarnation du chaos total ! », alors qu’il s’était installé dans le salon un dimanche après-midi pour travailler. Forcément, ça ne fait pas très plaisir. Pourtant, seul Julien a eu droit à une lettre laissée sur son bureau par Mutamax juste avant de partir. Je vous passerai les détails des reproches que Mutamax faisait à Julien dans cette lettre, mais la remarque concernant le manque de compassion alors qu’il était malade nous a bien plu… Tout comme le fait de laisser cette lettre, sans droit de réponse, puisqu’il était dans l’avion quand Julien l’a trouvée et qu’il n’a pas laissé ses coordonnées. Finalement, cela rend assez bien compte à quel point il a toujours été ouvert au dialogue. Le manque d’intelligence de cœur (et d’esprit ?) de certaine personne fait peine à voir…

… Oui, je sais, c’est sûrement quelqu’un qui souffre au fond de lui, et qui ne sait pas comment trouver une solution. Un collègue psychologue l’a déclaré dépressif. Certes, mais je ne suis pas venu au Burundi pour être la psy de profs européens névrosés et à la retraite qui pensent oublier leur mal-être en changeant d’hémisphère pour rendre service à « ces pauvres Africains ».

…Ou lalala… C’est pas très chrétien, tout ça. Je paierai sans doute pour ces quelques lignes. Quoique… Six mois de cohabitation avec mutamax, c’est une facture largement payée, non ?


Il y a donc des départs dans l’air. Mais certains départs serrent le cœur. D’abord parce que c’est la fin d’une aventure avec des amis, et cela me rappelle que je vais également faire mes valises dans peu de temps. Ainsi je viens de passer mon dernier week-end à Busiga en compagnie de Sarah et Denis, rejoints par Céline, Estelle et Armel, nos copains « de la capitale ». Finalement, le week-end s’est passé comme d’hab’, avec de la bonne cuisine, des jeux, les vannes qui fusent dans la maison, du temps avec les enfants… Comme si rien n’allait changer, peut-être pour profiter simplement des derniers moments.

D’ailleurs, Sarah me faisait cette réflexion : on attendait ce départ avec impatience, mais maintenant que l’heure approche, ça fait drôle.

Pourtant on aura râlé, pesté, parfois craqué parce qu’on n’en pouvait plus des « Muzungu, donne-moi l’argent », des comportements ou raisonnements insensés (selon nous, bien sûr) de certaines personnes, des coupures d’eau et d’électricité (enfin, surtout à Busiga), des lessives à la main, des arnaques des commerçants, de la nonchalance de certains Burundais… Bref, toutes ces choses qui font comprendre que ce n’est vraiment pas facile de vivre dans un autre pays que le sien, où les repères, les refuges que l’on a, sont limités, où l’on ne comprend pas grand choses des règles tacites de la société. Alors on se plante, on ne comprend pas, on s’énerve et petit à petit, toutes ces choses ont pompé notre énergie, alors qu’on en avait plein, au départ.

Alors quand sonne l’heure du départ, on est fatigué mais on repense davantage à tout ce et ceux qu’on quitte. Parce qu’il y en a, des gens biens au Burundi, plein même ! Des gens qui nous ont accueillis et ont fait l’effort d’essayer de nous comprendre, et parfois de nous supporter. Des gens qui nous ont laissé prendre des initiatives et nous ont parfois soutenu dans les changements que l’on souhaitait apportés, en acceptant la nouveauté, la différence, la remise en question. Des gens qui nous ont donné quelques clés pour mieux comprendre la société, qui nous ont fait partager des moments de leur vie personnelle. Des gens qui nous ont toujours accueillis et salués avec le sourire, sans jamais avoir un mot plus haut que l’autre, malgré l’inconstance de nos humeurs (là, je parle pour moi).

Il y a aussi toutes ces petites choses sympas du quotidien : être dehors presque toute l’année, aller à pied au boulot en regardant les collines verdoyantes dans la lumière du matin, le contact parfois théâtral avec les gens dans la rue ou dans les commerces, se poser dans un cabaret, prendre une brochette et une bière et faire des rencontres tout le temps, parfois des rencontres improbables, comme un vendeur de peaux de serpent habillé en cow-boy, être salué par des gens ou des enfants dans la rue qui sont trop fiers d’avoir dit bonjour à la muzungu. Avoir toute la liberté au travail car, quoiqu’on fasse, c’est très bien. Cette légitimité du blanc est quand même dérangeante, car il faut soi-même poser ses garde-fous, mais c’est quand même plus agréable qu’un chef qui ne laisse rien faire.

 

Voilà, ce qui revient à l’esprit à l’approche du départ, alors que quelques jours auparavant on était encore en train de se dire « vivement le départ ! ».

Mais tout ça ne veut pas dire que je souhaite rester pour autant. Là, les batteries commencent à être à plat et un retour au bercail s’impose.

D’ici là, je profite donc de ces dernières semaines même si le boulot n’est pas fini : je termine mes cours dans 3 jours (youpiii !), mais les examens vont suivre en aout. Autant dire que ça va passer très vite !

 

Bises à tous!