30.06.2008

Mouvement de grève contre les étudiants!

« Hey, Children ! Leave the teacher alone ! »

Merci à Aude pour cette phrase détournée des Pink Floyd, laissée sur mon mur dans mon livre de visages… heu…je veux dire, sur le wall dans Facebook.


Joie et allégresse en ce dibanche 29 juin 2008, Budabax a enfin pris son billet de redour pour l’Espagne et rendre le 09 juillet 2008 ! J’ai édé balade dout le week-end à cause d’un gros rhube, mais ce d’est bas grave, cette douvelle illubide ba jourdée !

A part cela, les choses vont mieux, en comparaison avec la situation avant mon départ et celle juste à mon retour. La routine « boulot, taxi-vélo, dodo » me pesait un peu, d’autant que la présence de Mutamax fait fuir Julien (mon coloc avec qui la communication est possible et même sympa) et notre grand pote Imed est parti de Ngozi (et du Burundi par la même occasion). Conséquence, ma vie sociale se résume aux conversations avec mon « lavandier » (masculin de lavandière, celui qui fait ma lessive, quoi !). Certes, il est très gentil et très curieux d’apprendre plein de choses, mais ce n’est pas avec lui que j’irais au bar du coin ou faire une balade en refaisant le monde. Bref, pas très excitante la vie sous le soleil de Ngozi, surtout que j’ai mis un peu de temps à me remettre dans le bain et à retrouver mes repères, après mon séjour en France. Revenir pour trois mois, finalement c’est assez court, comparé aux 18 écoulés et j’avais davantage l’esprit en France. Donc, forcément, les choses ici m’agaçaient.
Mais ça va nettement mieux… et surtout mes nerfs, grâce aux bons conseils de mes collègues. En effet, la tension montait depuis déjà longtemps entre une classe et moi. Je râlais contre leur absentéisme, mais finissais par me demander lorsque je les avais presque tous en cours, si ça n’était pas mieux finalement lorsqu’ils étaient absents. Cette classe est la bête noire de tous les profs, et mon collègue chargé du cours de compréhension et expression orales m’a avoué faire le cours tout seul. Ils lui ont même reproché de les haïr car il les forçait à parler. De moi, ils se sont plaint que je les grondais tout le temps et que je les traitais comme des enfants. En effet, dans la mesure où mon cours se base sur la correction du travail qu’ils apportent, et qu’ils n’apportent rien en cours, que lorsque je fais une référence au cours précédent, j’ai l’impression d’avoir des rangées de chèvres en face de moi. Alors oui, ça m’agace. D’autant plus qu’il y a beaucoup de jeunes qui voudraient être à leur place, et qui malheureusement, n’ont pas eu cette chance.
Alors, comme me le faisait remarquer un collègue, oui, je les materne. Cela m’a surpris et un peu vexé au départ. Mais une fois la pilule avalée, cela m’a beaucoup aidé. Lambert m’a donc expliqué que je m’inquiétais trop de la réussite de mes étudiants (mon côté maternel), « trop » dans la mesure où je m’inquiétais plus qu’eux de leur propre réussite. « Mon bâton pour les faire avancer, me dit-il, c’est mon stylo rouge et la note qui tombe à l’examen. Tu ne devrais pas te ronger les sangs, car eux ne s’en font pas. Alors détends toi et n’ai pas trop pitié d’eux ». Nos relations n’ont jamais été simples car la communication ne passait pas toujours très bien, mais là, j’ai reçu une grande leçon ! Et il a su me dire ce que j’avais besoin (même si pas envie) d’entendre.
Depuis, j’ai expliqué aux étudiants que je n’animerai le cours qu’en fonction des travaux qu’ils me fourniraient. Le reste du temps, je travaille à mon bureau pendant qu’ils font les exercices de traduction. Et c’est fou ce que je suis zen, depuis ! Dommage que cela arrive en fin d’année. Mais je garderai ce conseil pour la suite.

Voilà, les petites nouvelles de Ngozi. Je vous embrasse et prenez soin de vous.

08.06.2008

« Tous pareils, tous différents »

Bonjour et « au revoir » à tous ceux que je n’ai pas eu le temps de saluer avant de repartir. Cela m’a vraiment fait plaisir de revoir tout le monde et je ne remercierai jamais assez Ludo pour avoir organisé cette magnifique réception afin que je puisse témoigner auprès de tous de mon expérience.

… heu, pardon ?... Ah ?! C’était son mariage ?! Fantastique ! Quelle bonne idée de réunir ces 2 occasions en une ! Comme on dit, « d’une pierre, deux coups » ! J’étais un peu déçue quand même qu’il n’y ait pas eu de diaporama sur ma vie au Burundi. Mais finalement, c’est mieux comme ça. Je vous avoue que je n’aime pas être tout le temps sur le devant de la scène. D’ailleurs, nous avons convenu avec mon agent que je ne débuterai les conférences de presse qu’en septembre, à l’occasion de la rentrée littéraire et de la sortie (alors, qui rentre ? qui sort ?) de « Ndagye  ou Le Destin d’une jeune femme malouine, aventurière du XXIème siècle au cœur d’une Afrique tourmentée, qui par ses réflexions métaphysiques nous renvoie à notre condition humaine ». Bref, une petite biographie en toute modestie, bien sûr.

 

Ne riez pas, il y a des personnes qui sont capables de dire de telles choses sérieusement ! Le jour où j’en ferai partie, il faudra m’enfermer immédiatement dans une geôle en Sibérie ou dans tout autre endroit où ma mégalomanie ne nuira pas au reste de la société (oui, Cannes, pourquoi pas ? Mais en avril-mai, alors).

 

Quoiqu’il en soit, je suis de retour au Burundi et, vu mon emploi du temps, les seules personnes à qui je peux nuire sont mes étudiants. Mais je crois qu’ils s’y sont habitués depuis tout ce temps. Certes, l’habitude ne justifie pas la persécution. Ne vous en faites pas, le seul harcèlement psychologique que je pratique sur eux consiste à leur poser systématiquement des questions dont les réponses ne nécessitent aucune connaissance apprise par cœur mais exigent d’eux un minimum de réflexion personnel et de déduction. Aaaarrrghhh ! Quel supplice atroooce ! En une seconde, en quelques mots, la certitude de la connaissance, la sécurité du Savoir établi, ces années de tranquillité intellectuelle sont balayées, effondrées, anéanties ! « Et par qui ? », me direz-vous ! Par une professeur (si jeune qu’on se demande si elle a vraiment étudié pour être à sa place), venue de France (comme si elle pouvait comprendre en si peu de temps comment cela fonctionne ici) avec ses idées et ses remarques qui critiquent tout ce que l’on fait au Burundi. C’est un comble !

Oui, c’est vrai, je râle, je critique. Mais, excusez du peu, j’ai une identité française à assumer. Et un français qui ne râle pas, ça ne s’est jamais vu.

Et oui, ça n’est pas facile de rentrer dans une autre société. On vient se mettre à la disposition des autres mais, au final, on se dit que s’ils faisaient comme nous, les choses iraient beaucoup mieux, forcément ! Et puis « ça n’est pas facile de leur faire accepter le changement ». Et si, en fin de compte, c’est moi qui n’acceptais pas de changer, d’accepter ce que je ne comprends pas ?

Toutes ces discussions pendant mon séjour en France m’ont amenée à réfléchir sur ma vision du Burundi et la vision que les gens en ont. Quand on raconte ses voyages, on évoque toujours les différences, l’exotisme, rarement (ou rapidement) les ressemblances, car ça n’intéresse personne. Mais je constate le tort que ces récits peuvent faire. Ils enferment les personnes (de là-bas) dans une image fixe et stéréotypée. Au final, ce qui peut arriver là-bas ne nous remet pas en question puisqu’ils sont « tellement différents de nous ». Alors, au risque de décevoir les personnes en manque d’exotisme, je préfère témoigner de toutes nos ressemblances, Français, Burundais, Africains, Européens. Pas la peine de parler des femmes avec des paniers sur la tête, un bébé dans le dos et vêtues de pagnes colorés, tout le monde a déjà vu ces images. Mais derrière ces clichés, on oublie que ce sont des femmes et des hommes qui essaient de mener leur vie, comme nous. Ils travaillent dur (même si c’est toujours plus facile de photographier ceux qui se la coulent douce dans l’heure de midi) et beaucoup d’entre nous seraient exténués en faisant un cinquième du travail qu’ils font en une journée. Comme nous, certains font le strict minimum au travail car, à la fin du mois, qu’ils se démènent ou non, le salaire est le même et la reconnaissance hiérarchique inexistante. Beaucoup sont blasés de voir que ce sont toujours les mêmes qui profitent du système… comme chez nous. Comme dans toutes les universités, les étudiants trouvent qu’ils ont trop de travail, certains se démènent entre petits boulots, études et vie familiale. Comme partout, les profs râlent que les étudiants ne travaillent pas assez, qu’eux aussi ont trop de travail et qu’on ne les écoute pas.

A Brest, Paris, Buja ou Ngozi, même si ce n’est pas la fête tous les jours, on se lève (non pas pour Danette) mais pour aller travailler, parce qu’il faut bien vivre. Alors je me dis que c’est la même chose qui nous anime, les mêmes aspirations qui font qu’on ne baisse jamais totalement les bras : avoir une vie heureuse, gagner sa vie convenablement, être entouré des gens qu’on aime.  

Certes les conditions de vie et de travail ne sont pas les mêmes. Imaginons-nous sans sécurité sociale, sans salaire minimum, avec des coupures d’eau et d’électricité régulières, imaginez qu’un litre d’essence, c’est une journée de travail et que les services publiques sont en réalité à régler « sous la table ». Vous penseriez tenir combien de temps dans ces conditions ?

Pour ceux qui pensent encore vivre dans un pays civilisé, sachez qu’ici, la diplomatie est le « sport national » : un conflit n’est jamais ouvert mais ils sont experts en double langage pour faire comprendre leur désaccord (encore faut-il avoir un décodeur). Cela agace beaucoup les européens (directs) que nous sommes mais cela montre surtout la patience et le sang-froid dont les gens font preuve, contrairement à un certain chef d’Etat qui se permet un « casse toi, pauv’ con » à un de ses « chers concitoyens ».

Autre point, pourquoi parle-ton en Europe de « violences entre communautés », mais d’ « affrontements (ou massacres) entre ethnies » en Afrique ? Les mécanismes de violence et leurs causes sont ils réellement différents ? Si les circonstances économiques et politiques nous poussaient, nous aussi, à cette violence, saurions-nous rester les grands humanistes que nous pensons être ?

 

C’est vrai que je me moque et je critique cette société burundaise qui ne me fait pas toujours la vie facile depuis près de 2 ans, mais le nez du clown cache toujours une vérité plus grave. Alors ce soir, j’avais envie d’enlever le maquillage qui vous fait (apparemment) bien rire parfois, pour vous révéler les choses plus sérieuses que j’ai découvertes ici.

 

Merci encore pour tous vos témoignages de soutien.

 

PS : Je viens d’apprendre la mort d’Yves-Saint-Laurent, je crois que mon tour est venu de faire mon entrée dans le monde de la mode, la place est enfin libre ! ;o)

PPS : Amis bloggeurs, pouvez-vous me faire parvenir l’adresse de vos blogs car je ne les ai plus depuis la réinstallation de mon ordi. Merci.

PPPS : le propriétaire de la 106 Green garée en double file, est prié de la déplacer ? Merci.

…. Pardon ? Oh zut ! C’est la mienne ! Allé, je file !