09.01.2008

Episode 28: Afrique du Sud

Me voilà de retour à Ngozi après une dizaine de jours en Afrique du Sud. Epuisée mais contente de ces vacances avec Céline et Maria.

Par quoi commencer ?

D’abord, l’Afrique du Sud est très différente de ce que j’avais pu m’imaginer. C’est comme les Etats-Unis en Afrique : des villes immenses, des quartiers ultra sécurisés, de larges voies express où roulent les dernières Mercedes et autres voitures « je-me-la-pète », des zones commerciales qui n’en finissent plus et qui sont même aménagées en petites villes, des panneaux publicitaires gigantesques, des fast-foods, des fast-foods et des fast-foods. Bref, une société de surconsommation où les gens qui ont les moyens (ou les empruntent) se gavent jusqu’à déborder de fric et de graisse.

De l’autre côté de la barrière, il y a toujours ces baraques en tôle qui s’étendent à la périphérie des villes, des bidons villes sans assainissement, et sûrement avec peu ou pas d’électricité et peut-être un point d’eau pour 20 familles. Entre ces deux mondes : un fossé qui se creuse de plus en plus. Nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de rencontrer et de discuter avec des Sud-africains mais les rares discussions que nous avons pu avoir nous ont d’abord révélé des gens très sympas qui portent un regard assez réalistes sur leur société : tout ne se guérit pas du jour au lendemain et les communautés restent encore beaucoup entre elles. Les couleurs de la nation Arc-en-ciel n’ont pas l’air de se mélanger tant que ça. Avec une Espagnole, une Guadeloupéenne et une Française, nous étions peut-être les plus « arc-en-ciel » de tout le pays.

 Il faut alors quitter la ville pour admirer la beauté simple de l’Afrique du Sud : ses paysages magnifiques et déserts entre Johannesburg et Durban, la diversité de la flore et de la faune entre Durban et la péninsule du Cap, les richesses que révèlent les fonds marins autour du Cap (je n’ai pas fait de plongée pour les découvrir mais une visite à l’aquarium du Cap m’a permis d’apprendre beaucoup).

Arrivées à Johannesburg, nous avons filé vers l’est, direction Durban d’où nous partions pour la réserve d’Imfolozi à la recherche des Big Five (éléphant, lion, rhinocéros, buffle et guépard). Nous avons atterri alors dans un groupe de jeunes touristes (ce qui n’était pas prévu) mais ça ne nous a pas empêché d’apprécier la visite de la réserve en compagnie de John, un quinquagénaire plein d’humour et inépuisable sur la vie des animaux, leurs habitudes etc. Lions, girafes, éléphants, buffles, springboks, phacochères, zèbres, zébus et même trois rhinocéros blancs étaient au rendez-vous ! Seul le guépard nous a snobé mais nous sommes allées rendre visite à ses congénères en pension dans un centre de soin pour félins.

Comme toute la côte à cette saison, Durban est envahi de touristes, américains pour la plupart. Nous n’avons fait qu’une courte escale à Durban avant et après la réserve, et nous n’avons eu que le temps de nous promener dans le « complexe » touristique en bord de mer où j’ai pu manger des sushis. Ça faisait trop longtemps pour ne pas céder à la tentation. Oui, moi aussi, j’adoooore les sushis !

Ensuite : 25h de bus où nous avons pu admirer les paysages de la côte qui défilaient sous nos yeux, ce qui était nettement mieux que regarder les autres passagers qui se goinfraient de chips, burgers et autres aliments diététiques, le tout arroser de litres de sodas pour faire descendre tout ça ! Ils ont du nous prendre pour des extra-terrestres avec nos fruits, nos petits sandwichs fromage/tomate et nos bouteilles d’eau même pas sucrée.

 

Après une nuit de repos toute relative à l’auberge de jeunesse située dans la rue la plus animée de Cape Town (ambiance bars et boîte de nuit ; on a vu mieux comme berceuse !), nous sommes parties dès le lendemain visiter Robben Island (une île au large du Cap où furent emprisonnés nombre de prisonniers politiques durant l’apartheid, dont Nelson Mandela). Un seul détail n’était pas mentionné dans notre Routard : il faut réserver les billets car tout était vendu jusqu’au 10 janvier ! La seule solution était d’attendre que des personnes annulent leur ticket. Mais avec beaucoup de chance et grâce à l’aplomb de Maria quand elle veut récupérer des billets, nous avons trouvé 3 billets en 45 minutes pour le départ de midi ! Heureusement que nous sommes toutes célibataires, car une chance pareille, ça s’appelle une veine de cocu ! (Excusez mon langage). En compagnie d’un groupe de Sud-africains de Durban (ce qui donnait une toute autre dynamique par rapport à un groupe de touristes blancs), nous avons vraiment apprécié la visite de cette prison devenue un symbole, d’autant plus que la visite était faite par un ancien détenu !

Nous avons fini cette journée en nous baladant dans le  port entre pontons et boutiques pour touristes. N’ayant pas vraiment d’informations sur « the-place-to-be » pour la soirée du réveillon, nous sommes restées dans Long Street (la rue des bars et des auberges de jeunesse). Après un repas médiocre dans un resto désert, nous avons trinqué à minuit avec un verre de champagne à 3.5 euros la bouteille (autant vous dire que c’était un délice ! la première gorgée vous donnait déjà mal à la tête mais ça vous assure une cuite pas chère), puis un petit tour dans une boîte de nuit fréquentée par des fashion-victimes post-pubères. Les trois mamies se sont donc couchées à 2H30, laissant la piste de danse aux jeunes.

 

Pour commencer l’année 2008, nous avons décidé de faire le plein d’oxygène en haut de Table Mountain. La Table était recouverte d’une nappe nuageuse qui ne nous a cependant pas empêché de contempler la vue sur le Cap et les environs.

Contrairement à Johannesburg où on ne peut rien faire sans prendre une voiture, le centre de Cape Town garde une échelle humaine et il est facile de se promener entre le parc, le port, le château. C’est ce que nous avons fait le lendemain, jour du Carnaval. J’étais un peu déçue car il n’y avait pas de char et les groupes étaient habillés de la même façon, seules les couleurs changeaient. Alors on s’est consolé en visitant le château et l’aquarium que j’ai trouvé très bien fait avec une mention spéciale pour la sensibilisation qu’ils font sur la protection de l’environnement, sur l’importance de la biodiversité et les dangers des plantes importées qui souvent nuisent à l’écosystème local.

Le jeudi 3, nous sommes parties en excursion vers la péninsule du Cap. Au programme : pingouins, réserve naturelle, rando et VTT au Cap de Bonne Espérance ! Malgré un vent à décorner les bœufs, nous avons grimpé jusqu’au bout du monde ! Puis sommes redescendues en vélo au milieu des babouins, des élans et des autruches.

Avant de dire « au revoir » à Cape Town et de remonter dans le bus pour 18h de trajet, nous avons visité le District Six Museum qui retrace la vie d’un quartier où toutes les communautés vivaient ensemble et qui a été rasé entre 1965 et 1985. Eh oui ! Un endroit où les gens de toutes les couleurs cohabitent, ça venait contredire l’idéologie de l’apartheid. Et qu’est devenu ce quartier ? Rien ! Un terrain vague, en réalité. Les projets de construire un quartier blanc n’ont jamais abouti car les gens se sont tellement mobilisés pour protéger leur quartier (20 ans pour virer tout le monde, c’est pas rien) que les autorités ont eu peur de construire quoique ce soit. A présent, les choses changent et un programme de réhabilitation a été lancé.

L’heure du départ approchait mais pas question de repartir sans piquer une tête dans la mer et profiter des plages de sable blanc et fin ! Hop ! On a sauté dans le taxi qui nous a amenées à la plage la plus proche : bondée, bien sûr et pas moyen de trouver une place à l’ombre ! Nous ne nous sommes pas découragées même  si on avait en plus oublié nos maillots (sauf Maria) !... c’est pas grave, je suis quand même allée me tremper les pieds. Et là ! Mon orteil s’est tétanisé. Un courant glacé est remonté jusqu’au bout de mes cheveux. L’eau n’était pas fraîche, elle était GELEE !!!!! Je suis sûre qu’elle ne dépassait pas les 6° ! Même en Bretagne, on n’a pas ça... et surtout pas en plein été ! Avec une température extérieure de 30°, je regardais avec stupéfaction les personnes qui se baignaient! C’est des grands malades !!! Après 5 minutes à marcher dans l’eau, mes chevilles me faisaient trop mal et je retournais lézarder comme une otarie. Oui, une otarie lézarde ! Reste à savoir si un lézard otarie !?

Bref, de retour à Johannesburg, nous avons un peu changé nos projets pour prendre le temps de rendre visite à Aude qui était hospitalisée là-bas après l’attaque du 4x4 ACF. Elle avait le sourire en nous voyant arriver et n’a pas tardé à pester contre les infirmières qui ne savent pas piquer et qui ne la laissent pas sortir de sa chambre quand elle le souhaite. Aude qui sourit et qui râle, c’est plutôt bon signe.

Il nous restait peu de temps avant de repartir et nous avons décidé de nous concentrer sur le musée de l’apartheid que nous avons du faire en 2 fois à cause des horaires de fermeture. Une troisième visite n’aurait d’ailleurs pas été de trop pour tout voir. Mais l’avion ne nous attendrait pas et nous sommes reparties vers le Burundi, satisfaites de ces vacances, pleines de souvenirs et d’impressions diverses : joies, découvertes, déceptions et peines. Ces vacances étaient super mais elles garderont un goût amer avec l’annonce de la mort d’Agnès.

 

J’adresse encore une fois un message de soutien à sa famille et à ses proches, ainsi qu’aux proches d’Aude mais je sais qu’ils vont bientôt la retrouver en France. Prenez soin d’elle.

 

Merci à tous ceux qui m’ont envoyé un message de soutien. Cela m’a fait du bien et je suis aussi contente de retrouver le Burundi où j’ai pu échanger avec mes amis et en savoir un peu plus. Il reste cependant une petite pointe de colère en voyant l’utilisation que font les médias d’un tel événement. Nous (les gens qui travaillons dans l’humanitaire) ne sommes pas des héros et les morts ne sont pas des martyrs. La mort frappe partout sans regarder la couleur, le genre, l’age ou la situation de la personne. La mort d’Agnès nous a tous beaucoup choqué mais il y a eu et il y a encore trop de gens innocents au Burundi ou ailleurs, blancs, noirs jaunes ou autres, abattus comme des chiens. Si l’opinion veut faire d’Agnès une martyre, alors qu’elle fasse des martyrs de tous ces gens qui sont partis trop tôt parce que trop d’armes circulent encore. Le Paris-Dakar a été annulé à cause des 5 touristes tués en Mauritanie. L’avait-on arrêté quand des enfants africains avaient été renversés ? Se soucie-t-on de l’impact écologique de guignols qui se font plaisir à traverser le désert ?

Une question me reste à l’esprit aujourd’hui : Un Blanc meurt, on est scandalisé. Des centaines ou des milliers de Noirs meurent, on est peiné. Pourquoi ?

 Bon... désolée de vous laisser avec cette pointe d'amertume, mais vous savez que je vous fais toujours part de mes sentiments de façon honnête, même s'ils ne sont pas joyeux.

Je reste confiante pour cette année qui commence. Je me sens qd même pleine d'énergie pour recommencer le travail!

Bises à tous, meilleurs voeux et prenez soin de vous.

Commentaires

Il était attendu ... Il vient d'arriver .... et quel épisode ! avec photos ! Félicitations pour tout, et tes commentaires se passent de commentaire ....
Bisous

Ecrit par : une lectrice assidue | 09.01.2008

Merci pour ce reportage en direct d'AFS. C'est une destination que je souhaite ajouter à mon périple un jour.
Bonne soirée

Ecrit par : Laurent | 11.01.2008

coucou béné!
tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année. st malo pense bien à toi et nous avons hate de te revoir en mai (il me semble?).

merci d'être la fille que l'on connait. restes comme tu es, avec ta joie de vivre, ton humour, ta sensibilité, tes coups de gueule justifiés.... alors juste MERCI!

Ecrit par : béa | 13.01.2008

Coucou Bénédicte!!!

A quand le "Carnet de bord d'une Française au Burundi" chez tous les libraires de France????

Toujours un plaisir de te lire...

Contents que tes vacances se soient bien passées!

Très bonne continuation!!

Gros bisous de nous 3

Ecrit par : PhiCel | 14.01.2008

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