19.12.2007
épisode 27 : Un peu de réconfort !
Dans la vie, il y a des moments où on surfe sur le haut de la vague et d’autres moments où on boit la tasse à chaque vague qui nous arrive dessus. Après une période plutôt houleuse (doutes, désillusions, échecs, etc.), je remonte petit à petit sur mon rafiot et le courant semble m’être favorable. Ouf ! Enfin !
L’arrivée du nouveau professeur d’espagnol à l’université avait été l’occasion d’amorcer certains changements dans le département de traduction et interprétation. L’effectif des enseignants –passé à 4 permanents- nous permettait alors d’échelonner les cours sur toute une année plutôt que d’enseigner module par module comme c’était le cas auparavant. Les enseignements étaient organisés par modules dispensés les uns à la suite des autres : 2 semaines de linguistique suivies de 2 semaines de phonétique, puis 3 semaines d’exercices de traduction et ainsi de suite en fonction de la disponibilité des professeurs et ceci à raison de 6 ou 8 heures par jour. Autant dire une catastrophe quand on pense en termes d’efficacité d’apprentissage. De quoi se rappelle-t-on en septembre d’un cours dispensé 2 semaines en janvier à une cadence qui ne permet pas une bonne assimilation des connaissances ? D’autant plus que l’apprentissage des langues se fait davantage sur la durée. Ceci dit, le manque de professeurs ne laissait pas le choix au doyen pour organiser les enseignements autrement.
Nous avons donc (Oscar et moi) proposé un emploi du temps « type européen » sur 35 semaines, avec, par exemple, phonétique le lundi, linguistique le mardi matin, espagnol le mardi après-midi, etc. Et ceci en tenant compte des interruptions lors des enseignements des professeurs visiteurs.
Notre proposition a créé un grand enthousiasme dans le décanat, un peu dubitatifs au départ, mes collègues ont été conquis lorsque je leur ai présenté l’emploi du temps sur ordinateur avec des couleurs pour chaque prof (il faut toujours un côté ludique lors d’une présentation... eh oui, on reste de grands enfants). Puis les jours ont passé et le doute est revenu jusqu’au point d’inverser la vapeur. « Tu comprends, ça va être difficile à mettre en place ; et patati et patata » J’ai cru devenir folle ! Ce n’est pas possible ! Ils me laissent tomber ! Je comprends à présent que la qualité des enseignements n’est pas la priorité de l’université. Je me sens trahie !
J’avoue que je n’ai pas très bien géré cette réunion (où ils se sont rétractés) car j’ai commencé à monter le ton pour leur démontrer l’incohérence de leur propos... ou la la ! Ce manque de diplomatie m’a valu le silence de mon responsable pendant une semaine. Mais j’ai compris la raison de ce « repli » face à l’innovation : ils ne sont pas prêts et pas assez sûrs d’eux pour accepter le changement (consistant à enseigner plusieurs classes et plusieurs matières sur une semaine) qui implique forcément une remise en question de l’organisation de leur travail ; et peut-être une remise en question de leur travail tout simplement. Chaque innovation est déstabilisante et mérite qu’on encadre les intéressés pour les accompagner dans cette transformation.
Une fois ce bilan fait, j’ai regretté de ne pas avoir assez de temps pour « accompagner » mes collègues tout au long de l’année, faire le point sur les difficultés rencontrées, les solutions que l’on peut apporter, etc. Mais avec ce nouvel emploi du temps et les cours supplémentaires cette année, je crains de ne pas être aussi disponible que je le souhaiterais.
Nous nous sommes finalement mis d’accord sur un emploi du temps mixte : Ildephonse et Lambert organisent leur emploi du temps comme ils le souhaitent (un cours et une classe toute la semaine) mais sur une demi-journée, ce qui laisse à Oscar et moi l’autre demi-journée pour enseigner plusieurs classes sur toute l’année. Vous suivez ?
Bref, les cours ont donc repris avec les étudiants de première année et après 3 semaines, je remarque un changement sur l’emploi du temps de Lambert et Ildephonse. Ils n’enseignent plus 4h par jour en alternant tous les 15 jours mais se sont partagé la matinée en 2 cours chacun de 2h ! Révolution ! Lambert est par après venu me voir pour me faire part du changement et de l’amélioration qu’il avait constatée dans la qualité de l’enseignement. Il est moins fatigué, les étudiants sont plus attentifs. Tiens donc ?! Il m’a même remercié de cette innovation dans l’emploi du temps. Ah... Quel réconfort ! Il reste à voir maintenant comment cela va se passer lorsque tous les étudiants auront repris les cours et qu’ils passeront à 20 heures de cours par semaine.
Autre petite satisfaction : je ne suis pas parano quant aux comportements parfois pénibles des gens à Ngozi. Le regard des Burundais qui pèsent sur moi à chacun des mes déplacements en ville et le sentiment de me sentir agressée dès qu’ils m’interpellent ne sont pas le fruit de mon imagination ou une forme diluée de paranoïa. Des amis burundais de Bujumbura m’ont rendu visite ces derniers jours et ils ont été fortement choqués par l’attitude que les gens ont envers moi (agressivité, manque de respect). Ils ont également trouvé très pesants les regards qui me fixent lorsque je passe devant les gens. « Mais ?! Ils ne sont toujours pas habitués à te voir ? Après un an ? » ou encore « ils sont vraiment impolis avec toi, je ne comprends pas » m’ont-ils avoué. Ouf !... je ne suis pas la seule à ne pas comprendre ces comportements. Ça ne résout pas le problème, mais ça me rassure. Même dans un même pays (aussi petit soit il), les gens ne comprennent pas forcément le comportement de leurs congénères et peuvent même le trouver anormal.
Finalement, ce n’est pas plus mal que je ne comprenne pas tout ce que les gens disent car mes amis n’ont même pas voulu me traduire tout ce que les gens disaient sur mon passage. Alors je suis leurs conseils, je ne m’occupe pas de ces parasites, je trace ma route et j’essaie d’épaissir un peu plus ma carapace. Pas facile...et un peu triste quand on est venu dans l’intention de rencontrer son prochain. Mais quand ton prochain se fout ouvertement de toi et te déshumanise, il vaut mieux parfois juste passer ton chemin. D’autres gens valent plus la peine que tu t’attardes auprès d’eux.
Je vais quand même finir sur 2 notes positives. La première : il reste moins de dix jours avant mes vacances en Afrique du Sud ! Youpi !
La deuxième : j’ai trouvé une piste assez concrète pour « l’après-Burundi » : un master pro Expert, consultant en éducation et formation, spécialité Coopération en éducation et formation. Pour ceux à qui ça ne dit pas grand-chose, cela me permettrait de réaliser ce que je n’ai pas le temps de faire à l’Université : conseil, accompagnement pour améliorer ou mettre en place des programme d’éducation et de formation. Exactement ce dont je rêvais, en quelques sortes !
Je vais donc me renseigner davantage sur ce master à Paris 5. Si vous entendez parler d’autres formations de ce type, vous savez maintenant que ça m’intéresse ! Faites circuler les infos ; merci !
Passez de joyeuses fêtes de fin d’année et je vous souhaite dès à présent une bonne année 2008.
Bises à tous
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05.12.2007
épisode 26 : Une bougie!
C’est sûr, le Burundi sera le dernier endroit que verra mon ordinateur... Convalescences sur convalescences. Ça commence à me taper sur le système surtout quand les personnes sensées réparer gardent l’ordinateur pendant 2 ou 3 semaines, pour finalement ne rien faire dessus.
... Allé, respire, Béné... ça va bien se passer.
Voilà donc une des raisons de mon silence prolongé et à répétition.
A part cela, j’ai donc fêté le 1 novembre les 12 mois de Burundi ! J’avais mis de côté une bouteille de Champagne que maman m’avait fait parvenir il y a déjà plusieurs mois. Je voulais une sacrée occasion pour la déboucher. Et 1 an de Burundi, je peux vous dire que c’est un motif valable pour sabrer le champagne !
Comme je n’ai pas de grosses nouvelles, ni d’anecdotes croustillantes à vous raconter cette fois-ci, je vais essayer de vous transmettre mes impressions après 12 mois loin de vous et près des Burundais et des autres.
Donc, ceux qui voulaient de l’aventure peuvent déjà se déconnecter, rendez-vous au prochain épisode...
Pour les autres... heu... y a encore quelqu’un ???
Bon, je continue, de toutes façons, je suis toujours seule face à mon ordinateur.
Au bout d’un an, on peut se dire « Whouah ! Déjà ?! » ou encore « Oh lala, encore un an à tenir... ». En fait, dans mon esprit c’est un peu les deux. Je réalise qu’après un an, il y a plein de choses que je voulais faire et que je n’ai pas faites ; pourtant ce n’est pas le temps qui m’a manqué entre juillet et aujourd’hui, vu que je n’enseignais plus. Mais alors qu’ai-je fait pendant toutes ces semaines ? Entre vie tranquille à Ngozi, descente à Buja pour se changer les idées et vacances avec maman, je n’ai pas vu le temps passer. Et voilà les examens qui arrivent suivis de près par la rentrée des classes.
Et ce grand projet d’aquarelles ? En fait, je n’ai que quelques croquis dans mon carnet et 2 aquarelles. Pas grandiose, quoi ! Disons que ça viendra... Je sais, certains d’entre vous entendent ça depuis longtemps et se demandent quand je m’y mettrais vraiment.
... un jour...
Déjà un an ! Et je découvre encore beaucoup de choses. Je réalise aussi qu’il y a plein de choses au Burundi et des Burundais que je ne comprendrait jamais. Comme leur capacité à apprécier des fêtes mortellement ennuyeuses, le poids de l’habitude même chez des gens soit-disant « ouverts » à d’autres idées, la stupéfaction des gens que je croise tous les jours et qui m’appellent encore « muzungu » et me demandent de l’argent, l’inertie des gens face à l’injustice et à l’assistanat. « C’est comme ça » entend-on trop souvent, dans le sens « on n’y peut rien », mais par contre, nous les Blancs nous pouvons tout faire pour les sauver de la misère. Parce que nous avons beaucoup d’argent bien sûr... Eh oui, évidemment ! J’en ai tellement que je m’essuie les fesses tous les matins avec des billets de banque. Le pire, c’est que si je dis ça, certains seront capables de me croire... et pas forcément les moins instruits comme on voudrait bien le penser.
« On n’a pas de moyens, on n’a pas d’argent... ». Depuis quand l’argent permet d’avoir des idées ? Certes, bien souvent l’argent permet de les réaliser. Mais avoir des idées, ça ne coûte rien, que je sache ?! Et il y a beaucoup de choses que l’on peut faire sans argent mais qui améliorent le quotidien, non ?
Vous allez me trouver dure, mais après un an d’observations, de réflexion, il y a des moments où je sature. Oui, quand on sort d’un conflit, c’est difficile de se projeter dans l’avenir. Oui quand on doit faire face à la corruption dès qu’on a une idée, ou pire, une initiative, on se décourage vite. Quand un système hérité de la colonisation ne favorise pas la réflexion personnelle, l’esprit critique et l’estime de soi, en effet on n’a pas la même rage de faire avancer les choses. Forcément... L’Europe reste le modèle, la référence qu’on ne doit surtout pas remettre en question. « C’est tellement bien là-bas ! Ils ont tellement d’idées pour nous, on n’a qu’à les laisser réfléchir à notre place. Et ils ont surtout les moyens de réaliser les idées qu’ils ont pour nous. Encore mieux ! » C’est vrai que l’intervention des « Blancs » (mais pas seulement car l’Afrique du Sud devient le Messie africain envoyé pour les sauver aussi de la crise politique) ne favorise pas toujours ou pas encore cette émancipation.
Je me dis que le gros du travail que je veux faire ici par le biais de mes cours, c’est justement semer ces idées de prise de distance, de réflexion personnelle, de prise de position et de prise de risque (intellectuelle, bien sûr). Pas évident mais je crois que certains ont commencé à recevoir le message... Faut-il encore qu’ils l’intègrent, mais ça, c’est leur boulot. Je sème des graines sans savoir lesquelles vont germer. C’est peut-être cela le boulot d’un prof ?
Sur le plan personnel, le tableau est un peu plus sombre. Quels sont mes vrais amis burundais ? Ceux qui ne me côtoient pas pour des intérêts pécuniaires ou dans l’espoir de m’épouser... pour les mêmes raisons. A Ngozi, il ne reste plus grand monde... D’ailleurs, il ne reste personne. A Buja, c’est différent, les amis sont davantage des connaissances que je croise de temps en temps les week-ends.
Heureusement, il y a toutes la clique des volontaires et certains expats avec qui je peux partager des points de vue, qui ne me sollicitent pas pour que je leur paie une bière ou, quand je leur paie une bière, je ne me retrouve pas avec leur bonne femme sur le dos pour des histoires de couples malheureux et jaloux.
A part ça, le pays est magnifique mais je me désole de le voir s’enfoncer dans une crise humaine et écologique par manque de conscience et de volonté des politiques. J’aime toujours voir les nappes de brumes caresser les collines dans la lumière d’un coucher de soleil, ou les enfants faire rouler un cerceau ou une voiture en fil de fer devant eux. Peut-être ne me suis-je pas défaite de ces clichés et ce que j’apprécie sont finalement ces images toutes faites qui persistent car elles sont quand même bien réelles ? Alors si c’est cela, c’est un peu triste après un an, de tenir grâce à ses clichés.
Voilà, après un an, le bilan certes mitigé que je peux faire entre désillusions et... désillusions. Ne vous en faites pas trop non plus, je tiens le coup grâce à mes amis sur place avec qui je passe des moments inoubliables. Nous vivons quelque chose qui n’est pas facile tous les jours et qui demande beaucoup d’énergie mais qui nous lient très fortement. Et ça, c’est super. Mais la rencontre avec les Burundais n’est pas celle à laquelle je m’attendais, surtout après mes quelques semaines au Mali. Et oui, on a tendance à dire l’Afrique comme si c’était une entité homogène. Mais elle est aussi multiple que l’est l’Europe, et quand on va à Hamburg, on ne rencontre pas les mêmes gens qu’à Naples. Ça parait idiot ce que j’écris mais le Burundi et le Mali, c’est un peu le même rapport de comparaison : rien à voir !
Je n’idéalise pas non plus le Mali. Peut-être aurais-je été tout autant déçue après un an au Mali. Mais là n’est pas la question.
Encore d’autres découvertes en perspective pour cette année à venir puisque je pars 12 jours en Afrique du Sud après Noël ! Et dans quelques mois, je vous retrouverai en France pour un break de 4 semaines qui, je pense me fera du bien...
Je vous embrasse tous très fort. Merci pour vos mails ou vos commentaires sur le blog. Ça me rapproche toujours de vous, du coup je ne serai pas complètement larguée quand je rentrerai, alors merci et continuez.
Bises, Béné.
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