02.10.2007
episode 24
Il y a des cérémonies qu’on préfère éviter. D’abord, être invitée pour la seule raison qu’on a une voiture puis être considérée comme simple chauffeur, c’est logique, mais ça énerve. Surtout quand on espérait être « intégrée » (ah ! la belle illusion !) un minimum dans la vie sociale de ses collègues.
Ensuite, parce qu’enterrer un collègue six mois après avoir fêté son mariage, ça fait monter un sentiment de colère face à l’injustice de la vie.
Ça fait aussi comprendre que le sida est partout mais qu’on ne meurt pas du sida en Afrique. Non. On meurt d’une hépatite B, du palu, d’une mauvaise grippe... mais pas du sida.
Voilà... mais la vie continue comme partout ailleurs. Alors on sort quand même boire une bière avec un collègue (ah, oui ! il y en a quand même un qui s’intéresse à nous en-dehors du boulot et qui nous demande ni argent, ni voiture, ni aide pour un troisième cycle en France).
Les cabarets se suivent et se ressemblent. On a toutefois une préférence en fonction des poivrots qu’on est sûr de rencontrer, des vieux notables qu’on veut absolument éviter et de la qualité des brochettes. Sinon, c’est toujours la même chose : Amstel, Primus, Fanta (citron ou orange), Coca et, avec un peu de chance, du Schweppes.
Une petite radio grésillante fait tout ce qu’elle peut pour diffuser la musique que tout le monde écoute partout, les derniers tubes de Tanzanie, Burundi, Ouganda., etc.
Alors on s’installe, souvent dehors, sur une table en bois pour partager la bière avec quelques bananes frites qui accompagnent les brochettes de chèvre.
Au milieu des tables, des gamins circulent avec, sur la tête, un plateau rempli de petits sachets d’arachides grillées à 50 FBU. Ils restent souvent à côté de vous pour regarder cette chose tellement étrange que vous êtes : le muzungu (le blanc). Ils ont la même attitude que ces gens collés à l’écran de télé dans les supermarchés. La différence est que, contrairement à la télé, vous avez conscience des ces regards qui vous assaillent. Alors, vous faites en sorte d’obtenir un sourire (souvent gêné) de ces gamins. C’est drôle comme les gens ne supportent pas de recevoir le même regard qu’ils portent sur les autres. C’est un jeu que j’aime faire (quand je suis assez patiente pour cela). Je m’arrête en face de la personne qui me dévisage et je le dévisage de la même façon. En général, elle se sent tout de suite gênée, sauf quelques personnes au regard abruti qui, sans honte, vous diront « donne-moi l’argent, muzungu ». Là, vous poussez un soupir de tristesse... Ah ! C’est vrai ! J’avais presque oublié que j’étais un dollar ambulant avec les bras et des jambes (blancs, bien sûr). Tant pis, ce n’est pas grave. Je ne passerai pas ma vie ici de toutes façons.
Après les discussions sur les mots kirundi, les différences entre France et Burundi, on rentre chez soi à l’heure où les petits gavroches de 7 ans, ayant vendu toutes leurs cacahuètes, disparaissent dans la nuit.
Je vous souhaite à tous bonne nuit ou bonne journée. Prenez soin de vous.
« Voici des hommes noirs debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d’être vu. Car le Blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie ».
JP Sartre, Orphée Noire.
19:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


