18.09.2007
Racisme rampant et bonne conscience
Bonjour à tous,
Ceux qui souhaitaient trouver une fois encore les aventures parfois burlesques de Béné au Burundi risquent d’être un peu déçus car j’ai décidé cette fois-ci de vous faire partager la lecture d’un texte qui m’a beaucoup touché.
C’est important pour moi que mes proches le lisent car, s’il ne vous apprend rien de nouveau sur la région Burundi-Rwanda, il fera au moins (je l’espère) tomber quelques stéréotypes et a priori.
Bonne lecture à vous tous et merci à Julien de m’avoir fait partager cette lecture.
Racisme rampant et bonne conscience
Hutu et Tutsi ne sont pas des ethnies. Mais le discours qui parle de « guerre ethnique » au Rwanda et au Burundi remplit des fonctions sociales importantes, qui permettent de comprendre pourquoi il perdure. D’une part, il offre le mérite d’une apparente simplicité : on croit concevoir aisément le ressort d’une guerre « ethnique », alors que rendre compte de ce qui s’est réellement passé au Rwanda s’avère bien plus difficile. Plus exactement, on réduit le conflit à la prétendue ancestrale haine ethnique, ce qui est une manière de dire que nous ne pouvons pas en comprendre les raisons, puisque nous, les civilisés, ne raisonnons pas en ces termes. Les solutions qu’il faudrait apporter apparaissent trop compliquées pour nous parce qu’elles ressortissent nécessairement à une autre logique que la nôtre : nous ne pouvons pas comprendre une guerre ethnique, donc nous ne pouvons pas secourir ces populations. C’est à elles-mêmes qu’il revient de résoudre leurs problèmes incompréhensibles. Bonne excuse pour se croiser les bras.
Ce discours réducteur permet aussi de nous rassurer sur notre propre société. A partir du moment où l’on parle de guerre « ethnique », que ce soit à propos du Rwanda ou de la Yougoslavie, on se place dans le cadre d’une altérité essentielle : la sauvagerie de ces conflits paraît ainsi réservée à des populations primitives, tandis que nous, « nations » civilisées, aurions dépassé ce stade depuis longtemps. L’idée que pareilles atrocités seraient impossibles chez nous, parce qu’elles sont le propre de sociétés d’un autre type, nous rend le sommeil plus facile. Et pourtant, l’expression « guerre ethnique » s’appliquerait certainement davantage au conflit franco-allemand de 1914 qu’à la guerre civile rwandaise...
Au demeurant, s’il est incontestable qu’existent des ethnies, au sens propre, en Afrique comme ailleurs, il est permis de douter que se produisent des guerres méritant d’être qualifiées d’«ethniques ». Chaque fois qu’on analyse le déclenchement d’une telle guerre, on observe les mêmes phénomènes : rappels d’un passé mythique, cristallisation identitaire à partir de pratiques et de discours politiques véhiculant la peur, détournement du sens de certains mots, construction d’un bouc émissaire permettant de détourner l’attention d’autres problèmes, recrutement de milices ou de troupes endoctrinées, provocations, utilisations d’événements servant à déclencher les tueries présentées comme des représailles. Et ce sont toujours des politiciens, des officiers supérieurs et des intellectuels avides de pouvoir qui se trouvent à l’origine de ces conflits, et non pas des ethnies. Le fait ethniques est manipulé et instrumentalisé pour dissimuler des enjeux de pouvoir, au sens large. Dès lors, parler de guerres ethniques revient à jouer le jeu des criminels. Ce sont des guerres politiques.
Mais lorsque nos pays sont impliqués dans les enjeux de pareils conflits, « l’explication » par la guerre ethnique est bien commode, par exemple pour faire oublier les responsabilités de la France, des Etats-Unis et d’autres puissances dans le génocide rwandais. Et puis, c’est si loin l’Afrique. Physique ou culturel, l’éloignement ne facilite pas les prises de conscience. Cela vaut pour tous les pays. L’opinion s’émeut moins malaisément devant les atrocités commises en Bosnie que lorsqu’elles le sont au Timor oriental ou au Congo. Toutefois, la distance ne suffit pas à rendre compte de l’évident manque de curiosité dès lors que sont évoqués des sujets relatifs à l’Afrique.
Je n’aurai pas la cruauté d’énumérer les bêtises abyssales des « intellectuels » à propos des Africains. Du moins l’exotisme, qui les voit comme primitifs, sauvages ou simplement autres, respecte-t-il parfois leur différence. A l’opposé, aussi généreuses soient-elles, les idéologies universalistes fondées sur l’idée de progrès voudraient les rendre identiques à nous, et, constatant qu’ils ne le sont pas et ne veulent pas le devenir, les rejettent dans l’altérité radicale des arriérés réfractaires à toute évolution. Le pluralisme culturel se trouve ainsi nié, comme dans la notion de pays sous-développés, qui suppose un modèle unique, le nôtre.
Nous paraissons cataloguer les Africains dans une autre espèce, celle des soumis qui n’auraient même pas résister à la colonisation et qui retourneraient à la sauvagerie de leurs traditionnelles guerres tribales. L’incompréhension de la différence débouche sur l’indifférence et sur le racisme rampant, qui a de beaux jours devant lui. Exemples : cette spécialiste de la mémoire de la Shoah disant en public que le génocide rwandais la laissait indifférente, ou cette autre chercheuse m’expliquant que les massacres étaient plus fréquents et moins traumatisants en Afrique à cause d’un rapport différent à la mort. L’ignorance n’excuse pas la bêtise. La négation de l’autre, fondement du colonialisme, persiste chez les bien-pensants, qui n’ont même pas l’honnêteté de l’assumer.
Aujourd’hui, quand le continent noir apparaît sur les écrans ou dans les journaux, c’est presque toujours à l’occasion d’un événement négatif. Encore une « guerre tribale ». Encore un dictateur corrompu remplacé par un autre dictateur corrompu. Encore une famine ou quelque autre calamité « naturelle ». L’Afrique noire semble toujours mal partie, promise à d’éternels malheurs. Et cela par sa faute, suggèrent les médias qui parlent de la corruption et de l’incapacité des élites africaines plus souvent que du poids de la dette, des plans d’ajustement structurel ou du pillage des ressources par nos multinationales. Depuis leur médiatisation pendant la guerre du Biafra, les ventres gonflés des enfants affamés, aussi télégéniques soient-ils, ont fini par lasser la ménagère de moins de cinquante ans et les autres, à supposer qu’ils se soient un jour sentis concernés. « L’Afrique, c’est trop triste », m’a dit une productrice de radio pour s’excuser du peu d’émissions qu’elle pouvait lui consacrer.
Triste, l’Afrique ? Parce qu’on ne nous en montre jamais les temps heureux, parce que l’on ne nous raconte jamais la prodigieuse capacité d’adaptation de ses habitants. Elle demeure au cœur des ténèbres, celles de notre ignorance. Absente de notre enseignement, l’Afrique au sud du Sahara est toujours présentée comme le continent sans. Sans monuments, sans écriture, donc sans histoire. Sans innovations scientifiques, sans industries de pointe, sans nations, sans démocratie... Mais avec des guerres tribales, cannibales, animaux photogéniques et femmes faciles pour touristes ou militaires ennuyés.
Indépendants depuis quarante ans, « les Noirs » n’ont qu’à résoudre leurs problèmes. Contentons-nous d’engranger les bénéfices, sans plus laisser de contrepartie minimale : le nombre de nos coopérants a fondu, et nos ventes d’armes rapportent davantage que ne coûte l’ « aide au développement ». Pourquoi persistons-nous dans notre indifférence ? Pourquoi refusons-nous de demander des comptes à nos gouvernements quand ils sont impliqués dans un événement aussi grave que le génocide rwandais ? La longue crise économique, puis la prétendue mort des idéologies – c’est-à-dire le triomphe de l’une d’entre elles- ont certes entraîné un repli néfaste au militantisme. Le tiers-mondisme a disparu avant même le bloc communiste. Encore ses tenants s’intéressaient-ils plus souvent à une vision globale ou à des régimes politiquement très marqués et jugés exemplaires. Si l’Afrique avait eu son Fidel Castro, sa révolution culturelle ou ses khmers rouges, nul doute que des intellectuels se seraient enthousiasmé pour eux.
L’imaginaire concernant « les Noirs », descendance de Cham condamné par Noé à l’esclavage, stigmatisé par une couleur symbole d’impureté et de diablerie, demeure imprégné de l’exégèse biblique et des pratiques esclavagistes puis coloniales, une vision négative que partagent les trois religions du Livre. Le racisme anti-Noirs est le plus ancré en nous. La part « positive » qu’il y a dans toute ambivalence raciste montre aussi qu’il est le plus dévalorisant : aux Orientaux le raciste ordinaire du moins intelligence et ruse, tandis que « les Noirs » ne sont que de grands enfants, bêtes de sexe au rythme dans la peau ou coureurs si véloces. Comment s’identifier à ces gens ?
J’exagère ? Malheureusement, non. La continuité entre racisme et indifférence n’est que trop frappante. Certes, ces « indigénophiles », abolitionnistes puis anticolonialistes ont précédé les tiers-mondistes. Mais les écrits des philosophes des Lumières relatifs aux Africains sont accablants en général, sans parler de la participation financière de certains d’entre eux à des entreprises esclavagistes. Aujourd’hui, même quand les intentions sont généreuses, le racisme affleure, explicitement ou sous les formes du paternalisme ou de la condescendance amusée. Parlez d’ « intellectuels africains », et regardez le sourire de votre interlocuteur. Tout comme l’abbé Grégoire voulait « régénérer » les Africains, tout comme colonisateurs et missionnaires le plus souvent pleins de bonnes intentions vinrent au nom de la « mission civilisatrice », nos coopérants puis nos humanitaires sont venus apporter une aide sans, en général, s’interroger sur la perversité du système dont ils faisaient partie, et qui se laissent si facilement instrumentaliser par les politiques, en Afrique comme chez nous. D’un côté, nos gouvernements subventionnent quelques médecins dévoués, de l’autre ils proclament ne pas pouvoir « accueillir toute la misère du monde » et occultent notre participation à un régime prédateur qui produit cette misère. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire, mais qu’il ne faut pas faire n’importe quoi, et surtout pas décider à la place des Africains, que l’on aurait dû commencer par écouter. Etudier leur histoire et les conséquences du choc colonial est aussi une manière de leur rendre justice.
Extrait de :
FRANCHE, D., Généalogie du génocide rwandais, Bruxelles, Editions Tribord, 2004.
pp 94-100.
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11.09.2007
Pour un sourire éclatant, la magie du Blanc !
Vous vous êtes déjà fait viré d’un cabinet de dentiste ? non ? Hé bien moi, oui ! Et pour la première fois ! Décidément, le Burundi c’est le lieu de toutes les « premières fois » improbables !
Sentant une douleur vive lorsque je me brossais les dents ce week-end, je me suis précipitée lundi à la « dentisterie » (comme c’est si bien écrit sur la porte), et j’explique ce que j’ai et le lieu du mal puisque je l’avais scruté sous tous les angles dans ma salle de bain.
Le dentiste, plutôt bel homme, m’aveugle (de sa lampe de dentiste, et non de sa beauté), manipule ma bouche avec ses gants en plastique, met le pschitt qui fait de l’air, le pschitt qui fait de l’eau. Et son verdict tombe : il ne voit rien, il faut passer une radiographie.
Là, je sors un peu déçue... Pourtant je la sens, moi, cette carie ! Et j’ai vu quelque chose dans la glace, quand même ! Bon. Je rentre chez moi, et me dirige dans la salle de bain avec une micro lampe, un petit miroir et une pointe pour soulever le bord de la gencive, ainsi que du coton pour absorber la salive qui risque de faire des reflet et me gêner dans l’observation minutieuse de ma dent.
L’inspection commence ! La bouche grande ouverte, le faisceau de lumière ne laisse rien dans l’ombre. Chacun son tour, tous les creux, les bosses, les interstices sont passés au crible ! Cela ne fait aucun doute ! Il y a une tache brune entre la deuxième et la troisième dent en partant du fond et, soit dit en passant, il y en a une autre entre la troisième et la quatrième.
Je ne suis pas dingue, quand même ?!
Je commence alors à me dire que , comme beaucoup de gens ici, ce charmant dentiste veut me mener en bateau pour ajouter des consultations, des radiographies, etc., etc. ; parce que c’est bien connu que les Blancs ont tellement de fric, qu’ils ne savent plus quoi en faire.
Il me faut donc des témoins, vite ! « Allo ? Imed ? J’ai besoin de toi pour inspecter une carie ! »
Le soir, je me retrouve avec 3 amis (qui ne sont pas dentistes) et je leur demande de jeter un coup d’œil... Il me faut un témoignage, une preuve, un soutien !
« Non, non, moi je ne vois rien. » « Moi, non plus. » « Non, y a rien, Béné ».
Je n’y crois pas ! C’est un complot contre moi ! Ils veulent me faire croire que je deviens mythomane, hypocondriaque et paranoïaque !
Ça ne se passera pas comme ça !
Le mardi matin, je retourne donc à 9h à l’hôpital pour faire cette radio de la mâchoire. L’assistant du dentiste m’accompagne et je lui demande si cette radio est vraiment nécessaire car je vois la carie de mes propres yeux. J’ajoute que si c’est une tactique pour me faire payer plus d’examens et de consultations parce que je suis blanche, c’est pas la peine. Je ne travaille pas pour ces grosses ONG et je gagne même moins qu’un professeur local. Alors ‘faut arrêter de me prendre pour une débile ET une pompe à fric !
Là, bien sûr, l’assistant est hyper gêné par mes propos directs ; une gêne qui se traduit ici toujours par un rire qui vous fait bondir quand vous êtes déjà remonté ! Et il m’assure que non, vraiment, ici c’est un hôpital et tout le monde paye la même chose.
Oui mais ici, c’est comme partout, tout le monde vous assure qu’il est honnête, même les politiques !
Quand la radiographie a été prête, je suis retournée vers la dentisterie. Sur le chemin, je tombe sur un ami pédiatre à qui je confie l’histoire. Il m’avoue qu’il ne sait pas ce que vaut ce dentiste, que ce n’est pas un médecin et qu’il n’a pas d’autre adresse à me conseiller dans la région. Ce n’est pas grave, merci quand même...
Je rentre donc dans le cabinet, transmets la radio et attends le diagnostique. Le « dentiste » remarque un truc bidule machin chouette technique, histoire de dire qu’il a vu quelque chose. (Son assistant lui a bien sûr fait part de mes propos matinaux. Tant mieux, je n’aurais pas à ré expliquer pourquoi je suis en mesure de me poser des questions et de mal prendre leur attitude). Et comme je suis une effrontée persuadée de mieux connaître le métier que le dentiste lui-même, j’en rajoute une couche et lui avoue avoir vu à chaque observation scrupuleuse dans mon miroir, quelque chose ressemblant à une carie, et que j’espère qu’il voit lui aussi quelque chose.
Sur ce, il enroule la radiographie et me conseille d’aller voir un autre dentiste puisque, apparemment, il voit mal. (Oups ! Il a l’air vexé. A-t-il une dent contre moi ?)
Je crois qu’il a beaucoup pris sur lui pour me virer aussi poliment malgré l’envie qui devait monter en lui de me traiter de petite conne (ou autre) et de me rappeler que le dentiste, c’est lui et pas moi. Certes, mais quand même ! Qu’il me dise ce que ma dent a !
_Non, non, allez voir quelqu’un d’autre, ce sera préférable.
_Bon, très bien, merci, au revoir.
Enfermé dans son bureau avec son assistant, il a du me maudire sur 10 générations alors que je regagnais ma maison avec l’envie de rire en pensant au grotesque de le situation : me faire virée par un dentiste de son cabinet ! Pas mal ! Moi qui ne m’étais jamais faite virée de nulle part (sauf des bars à l’heure de fermeture), j’attends d’avoir 27 ans pour faire ma rebelle. Mes chers parents, j’espère que cette nouvelle ne vous fera pas grincer des dents ! Je me suis défendue par rapport à ce que je croyais juste. Et s’il m’avait expliqué que ce que je vois, c’est une tache de thé, un bout de viande, une miette de pain ou un hippopotame, je l’aurais cru et j’aurais admis être une ignare parfaite en « dentisterie ». Mais il ne fallait pas vexer Môssieur le dentiste play-boy. Oulala, grave erreur Béné.
Ne vous en faites pas, je grade le sourire... et ma carie ! (que je ferai soigner à Bujumbura).
PS : à l’heure où je publie cet épisode, je sors du dentiste de Buja qu’un ami italien m’avait conseillé. Il a vu une carie tout de suite et l’a soigné. Mais vu où est le pansement ; j’ai l’impression que c’est toujours pas la dent où je voyais une tâche qui a été soignée. Bon, j’arrête de consulter des dentistes, je crois que je vais aller directement chez le psy !
Bises à tous !
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01.09.2007
Episode 21
AAAAAfrica ! la chique, c’est chic ! Et voilà, on m’avait prévenu « t’as pas encore eu de chique ? ah, t’inquiète, ça viendra... ». Oui, enfin, en même temps c’est pas le truc qu’on recherche à tout prix. Avoir une bête minuscule qui se glisse entre l’ongle et la peau pour pondre ses œufs, vous avouerez que ce n’est pas follement excitant ! .... désolée pour ceux qui vont passer à table ou qui en sortent. Bon, en tout cas, j’ai eu mon baptême de chique et malgré ce que suggère mon titre évoquant un tube disco, la chique c’est pas chic. Il parait qu’il faut bien faire attention quand on l’enlève car il ne faut pas laisser la tête. Comment on fait alors quand la bête fait la taille d’un dixième d’une tête d’épingle ? je voudrais qu’on m’explique ! L’état clinique de mon orteil semble stable après l’opération chirurgicale qu’il a subi, menée par mes soins et sans anesthésie ! Ok, j’arrête de vous impressionner. C’est pas pire qu’une grosse ampoule au pied quand on commence une rando de 3 heures (ça aussi c’est du vécu). Et là, vous allez me dire, « alors ces vacances, c’est le pied non ? » ... ah ah ah, très drôle... En fait ce ne sont pas réellement des vacances puisque j’ai toujours des examens et les sessions de rattrapage à faire passer d’ici novembre. Je me suis notamment occupée de la correction d’un mémoire dont j’étais l’assesseur, c’est-à-dire que c’et moi qui démonte tout leur travail lors de la soutenance. Ce que j’ai fait, bien sûr ! Les pauvres, je les ai vu se décomposer au fur et à mesure de mon propos. Certes je n’ai pas été tendre mais après une semaine à m’arracher les cheveux pour essayer de comprendre leur raisonnement et pour corriger les aberrations qu’ils écrivaient, j’estimais qu’ils avaient droit à un « traitement de faveur ». J’ai déçu tout le monde en ne leur attribuant pas de distinction mais quand même ! ‘faut pas pousser ! J’ai tout de même réussi à faire remarquer à un étudiant qu’il devait améliorer son anglais en lisant et en écoutant de l’anglais authentique. Sauf que cet étudiant présente le journal TV tous les soirs sur la chaîne nationale, EN ANGLAIS !!! Après avoir torturé les grands, je me suis dit que c’était mieux pour tout le monde si je chouchoutais les petits. J’ai donc accepté, à la demande de Sarah et Denis, de m’occuper d’un des orphelins de Busiga pendant 2 jours. La plupart des enfants partent qlq temps dans leur famille (oncle, tante...) pdt les vacances mais certains n’ont absolument plus de famille et sont donc « cloîtrés » toute l’année à l’orphelinat. Pas drôle... Ils ont donc déposé Jean-Paul, 7ans, à Ngozi et pendant 2 jours on a fait de la peinture, des gâteaux, du foot, des balades... Bref, pas étonnant qu’on s’endormait devant le dessin animé après dîner. Mais 2 jours avec 3 muzungus (Maya nous avait rendu visite) qui ne parlent même pas kirundi, c’est pas très drôle pour un enfant. Heureusement, il y avait aussi Onesphore, un ami burundais, avec qui on a joué au foot (avant de crever le ballon dans les ronces, oups !) et qui a partagé une brochette avec nous au cabaret. Malgré un petit coup de blues, peut-être parce qu’il se retrouvait d’un coup dans un environnement étranger, je crois que Jean-Paul a apprécié ces 2 jours. Lui qui n’est pas démonstratif m’a sauté dessus quand je suis retournée à l’orphelinat. Mais comme dit Sarah, il leur faudrait tout le temps des vacances à ces enfants pour qu’ils puissent s’épanouir davantage. Bon, c’était déjà mieux que rien... C’était un peu difficile d’être présente avec lui, sans non plus tomber dans le sentimentalisme. J’ai parfois peur qu’ils s’imaginent qu’on va les emmener avec nous. Et comme ce n’est pas le cas, il faut doser entre distanciation et un peu de tendresse quand même. Allé, bises à tous. Je vous rappelle qu’il n’est pas interdit de me donner des nouvelles ou de me laisser des commentaires. Merci à tous ceux qui se sont souvenu du 13 ;o)
14:13 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


