24.04.2007
Episode 14
Le Rallye Andros me tentait bien, mais j’ai encore quelques difficultés à trouver une piste suffisamment glacée pour m’entraîner. Alors je prépare le Trophée Camel... ou plutôt le Trophée Gamelle (amis de Les Nuls, bonjour !). Mais l’entraînement demande beaucoup d’énergie et une volonté à toute épreuve. Il ne suffit pas de monter dans son 4x4 et faire des cabrioles n’importe comment avec une équipe technique qui est là quoiqu’il arrive... non non non !
Premier échauffement, il faut savoir se gameller à pied. C’est la moindre des choses, tout de même ! Tout comme on répète les mouvements de la brasse avant de rentrer dans l’eau quand on apprend à nager, il faut s’assurer que l’on est capable de se gameller seul avant de monter dans son 4x4. Rassurez-vous, vous aurez l’air tout aussi ridicule que lorsque vous imitez la grenouille au bord de la piscine municipale. Je vous le répète, il s’agit de se gameller SEUL. Pas de racine sournoise et dissimulée contre laquelle votre pied va inévitablement se heurter, entraînant un arrêt brusque du rythme régulier (et décontracté, bien sûr) de votre marche, se traduisant par une perte d’équilibre irrémédiable, qui se terminera, sous l’effet de la gravité (maudit Newton !) par la rencontre de votre corps (et de votre fierté) avec le sol, dans une posture plus ou moins horizontale en fonction de vos prouesses de réception ou en fonction de la vitesse de la chute additionnée au mouvement de rotation de votre corps. Bref ! vous devez être en mesure de choir par vous-même. Les fausses glissades dans le métro parce qu’un type super pressé vous a bousculé, ne comptent pas davantage. Vous êtes seul responsable de votre chute, car vous devez vous familiariser avec ce sentiment (que vous parviendrez progressivement à gérer) qui est : « Le Grand Moment de Solitude ».
Mon entraînement à pied a donc commencé dans une rue de Ngozi. Je marchais tranquillement, décontractée, saluant les enfants et ignorant les quelques « coqs » burundais au regard lubrique. Nous n’avions donc, moi et mes sandales, aucune idée du piège que nous tendait un amas de gravier étalé avec nonchalance sur une pente à 15%, au moins ! Puis, tout s’est passé en quelques centièmes de secondes : la sandale se pose sur les graviers qui dévalent la pente, le pied et la cheville suivent le mouvement puis le mollet et le genou qui vient embrasser le sol tandis que le reste du corps effectue une arabesque pachydermique dans l’espoir cruellement vain de se rattraper à un quelconque support qui aurait permis d’arrêter ce mécanisme gravitationnel ! Trop tard.... à quelques décimètres de là, mes lunettes d’ex-star observent, comme les badauds, cette drôle de scène : la muzungu à même le sol, les cheveux devant les yeux, les mains et les genoux incrustés des gravillons machiavéliques, avec cette question qui semble flotter dans l’air chaud « Mais, comment t’as fait ça ? »
Bon ! Je me relève, style « même pas mal ! », je remets mes lunettes et avec un petit sourire, rassure les observateurs par un « c’est pas grave, ça arrive ».
Voilà, je suis donc capable de tomber toute seule dans la rue devant une foule d’observateurs. Je peux enfin passer à l’étape suivante : « T’es ridicule dans ton véhicule ! ».
La saison des pluies (comme en ce moment) est propice à un bon entraînement pour le Trophée Gamelle ; plusieurs averses quotidiennes viennent détremper le sol, la terre poussiéreuse devient alors une matière molle, compacte et glissante... un rêve pour un potier mais un cauchemar pour tout automobiliste ! C’est alors que je m’élance à l’assaut des pistes les plus périlleuses mais surtout les plus boueuses avec ma 4L déguisée en 4x4 (c’est à peu près ce que vaut mon Pathfinder Nissan). Seulement, mon « Trouveur de chemin » (traduction littérale de Pathfinder) n’a pas trouvé de chemin bien longtemps ce samedi 14 car il s’est embourbé sur la piste de Busiga. Premier réflexe de futur pilote de rallye, je sors du véhicule pour évaluer la situation :
- déconfiture de mes colocs qui se préparent psychologiquement à pousser la voiture sous la pluie
- 30 puis 15 cm avant de mettre la 4L...je veux dire le 4x4 dans le fossé
- Une piste recouverte de terre meuble, détrempée et collante, amenée le matin même pour reboucher les crevasses formées par la pluie... Autant vous dire que c’est aussi efficace que reboucher un trou dans un mur avec du sable. Le bon sens doit être une notion relative...
- Puis une trentaine de Burundais prêts à nous aider pour 20 000 FBU. (15 €)... Non que nous soyons radins mais, primo, nous n’avions pas l’argent sur nous et secundo, ça fait mal au cœur de voir qu’ils peuvent nous laisser dans la boue (et je reste polie) jusqu’au cou pour une histoire d’argent parce que nous sommes Blancs.
Après plusieurs tentatives pour se désembourber, Anna et moi abandonnons sous la pluie Julien et le véhicule pour trouver de l’aide auprès de nos amis de Busiga (deuxième réflexe de pilote du Trophée Gamelle). Nous remercions un vieux couple et un jeune homme (3 personnes sur une trentaine, je le rappelle) qui nous ont aidé à pousser le véhicule alors qu’ils commençaient à se faire taper dessus par le reste des villageois qui voyaient leur acte solidaire comme une traîtrise... Comme le bon sens, la solidarité est une notion relative.
Pour la suite, on a laissé les hommes assurer la mission de sauvetage (troisième réflexe)... avaient-ils repéré un état d’énervement avancé chez moi ou était-ce par simple courtoisie qu’ils ont insisté pour que l’on reste à Busiga afin de se sécher ? Sûrement un peu des deux...
Tout s’est évidemment bien terminé et nous avons pu passer un week-end tranquille entre amis à Busiga. Nous avons bien sûr emprunté une autre piste moins « rock’n roll » pour le retour. Je dois aussi vous signaler, pour notre décharge, que nous n’avons pas été les seuls à se faire peur sur ces pistes-patinoirs pour véhicules motorisés.
Mais comme ces sensations m’ont rapidement manqué, j’ai décidé de coincer à nouveau mon véhicule dans un fossé plein de boue, un soir en semaine, tant qu’à faire. Heureusement un ami a pris les choses, enfin surtout le volant, en main et a sorti ma 4x4L de là. Ouf !
Alors après « Rouler dans les inondations pour fêter le Nouvel An » et « Abandonner mon véhicule et mon coloc en pleine campagne », je me fixe un nouvel objectif dans ma préparation au Trophée Gamelle : parvenir à sortir le véhicule par moi-même... ou au moins en étant au volant. C’est jouable, la saison des pluies n’est pas terminée, il y aura probablement d’autres séances d’entraînement !
D’ici là, je vous embrasse... pleine de boue, évidemment. Ne pensez pas trop politique... on va signer pour 5 ans, on aura tout ce temps pour être amers... D’ailleurs, j’envisage de demander la nationalité burundaise, on verra bien s’ils me laisseront rentrer sur le territoire français après ça...
« Etre né sous le signe de l’Hexagone, c’est pas la gloire en vérité... »
PS (sans allusion politique) : Résultats des votes de l'Ambassade de Bujumbura : 155 votants sur 200 et quelques; 65 voix pour Royal, 35 pour Bayrou et 33 pour Sarkozy. On recherche toujours les 4 personnes qui ont voté FN. Il parait que c'est une première que les expats au Burundi votent massivement à gauche. Les derniers colons réfractaires seraient ils enfin rentrés chez eux?
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06.04.2007
épisode 13
Whouah ! Révolution ! Grâce à une équipe de trois informaticiens espagnols, l’université de Ngozi vient enfin de rentrer dans l’ère internet ! Après trois semaines de travail sans relâche, ils ont, avec l’aide des étudiants en informatique, mis en place le réseau internet pour les étudiants et les professeurs (il y a même un cyber !). Cela n’a pas été chose facile, entre coupure de courant, cabrioles sur le toit pour installer l’antenne et ordinateurs préhistoriques à réhabiliter... Ils en ont eu du courage, los hombres ! Surtout quand on sait que dans deux semaines, rien ne fonctionnera plus... ou presque. Albalo, Raul et Manuel n’auront pas vu grand-chose du Burundi car trop pressés par les délais de réalisation de leur mission, mais nous leur avons quand même fait découvrir les endroits « branchés » où danser et faire la fête à Ngozi... attention, Ngozi, futur haut lieu des teuffeurs du monde entier. « Ngozi, the place to be ! »
Les voilà donc repartis, mais nous avons gardé une Espagnole, Anna, sous notre toit. Elle reste un mois pour mener une enquête sur l’utilisation d’internet à l’université (si j’ai bien compris). La colocation s’agrandit et passe donc à trois.
Et là, la question c’est : « ça se passe bien ? »
Bon, au départ on est contente d’être la seule muzungu et on regarde presque d’un mauvais œil ces Blancs qui débarquent (d’abord Enrique puis Julien et finalement Anna) et vous piquent l’exclusivité... Non mais j’étais la prem’s, quand même !
Eh bien moi, j’ai vous dire une bonne chose et je n’irai pas par 4 chemins autour du pot (avec le dos de la main morte)!
Ils sont super cool ! D’abord, Julien n’a pas fait de scandale parce que je suis venue le chercher à l’aéroport avec 2h de retard le jour de son arrivée. En plus, ça ne le choque même pas d’avoir une coloc’ qui dessine des bonhommes ou des vagues avec des bouts de carrelage dans le jardin. Mieux ! Il avait l’air ravi de voir le moulin pour nains de jardin que j’ai construit avec les briques déterrées (ref. épisodes précédents). On partage donc sans problème les corvées de vaisselle, de pain, d’arrachage de mauvaises herbes et aussi les bières (qui elles, ne sont pas des corvées !). (je vais pas trop parler des mauvais côtés parce qu’il parait que ses potes lisent ce blog... p’têt’ qu’ils lui font rapport ?...ça y est ! Big Brother is reading you !).
Anna s’est très vite adaptée à cette coloc’, prenant le rythme dès son arrivée (après un voyage Espagne-Burundi et 2h de sommeil) en nous rejoignant au bar pour une bière. Là, je dis « respect » ! En plus, elle a assez d’humour pour comprendre et faire des blagues de nanas sur les mecs (non, je vous raconterai pas ce qu’on se dit, même si c’est très drôle !). Et le week-end sur le dance floor, c’est concourt de danse stupide sur les meilleurs tubes burundais.
Voilà, tant pis pour l’exclusivité, l’isolement, l’intégration totale dans le pays... ça fait du bien aussi d’être avec des personnes qui nous comprennent et que l’on comprend.
D’autant que le cercle des « bazungu » (les blancs) connus de Ngozi s’est élargi. Après des mois à s’éviter (on se sait trop comment, habitant dans une si petite ville), nous avons enfin rencontré « les autres », ceux qui sont là à l’année, qui travaillent pour ACF ou le PAM et dont on entendait parler (style « tu connais un blanche qui travaille à Ngozi ?...etc »... bin, non, je vois personne ?!) sans jamais les voir. Ils se cachaient dans leur villa et passaient furtivement dans leurs énormes 4x4. Mais un fois accessibles, ils sont sympas.
Le monde des ONG c’est quand même un autre monde où le maître mot est Sécurité ! Nous (volontaires DCC) on passe donc pour des babs, voir des inconscients (ou des chanceux) à se promener à pied ou en taxi vélo et à pouvoir rester plus de trois minutes au marché !
Bon, j’exagère... (s’ils me lisent, je vais me faire rappeler à l’ordre !). Mais avec leur truc de Sécurité, les ONG véhicule une image du Blanc en permanence dans son 4x4, inaccessible, voir prétentieux. Pas étonnant que l’on me demande interloqué « Vous marchez ?! ». Un policier m’a même fait remarquer que je devais me respecter et éviter de marcher à pied car, vraiment, ça ne se fait pas pour une Blanche de circuler à pied... c’est limite vulgaire !
Allé, sur ces bonnes paroles, je vous quitte pour aller A PIED (non de non !) en ville, rencontrer et saluer ces gens tout noir. Ou lala, quelle témérité !
Bises à tous !
Portez vous bien, joyeuses cloches !... heu, joyeuse Pâques ;o)
Béné
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