29.01.2007

Episode 8 : Nairobi

Episode 8

« Jambo » à tous,

"Alors, le Kenya, le FSM, c’était comment ? Vas-y, raconte ! "
Euh, oui... c’est-à-dire... comment résumer, par quoi commencer ?
Nairobi, c’est Londres qu’on aurait déplacé en Afrique : mêmes buildings (centres d’affaires ou ministères), mêmes artères encombrées par le trafic matin et soir, mêmes panneaux publicitaires gigantesques le long du périph’ et même snacks où l’on peut trouver de la « junk food » grasse ou hyper sucrée ou les 2 en même temps.
Bien sûr, on retrouve les petits bus africains, les bouibouis où l’on mange pour 2 euros, les marchés où l’on t’assure qu’il faut rentrer « juste pour le plaisir des yeux » et d’où tu ressors avec des objets achetés le triple de leur valeur réelle... c’est le jeu !
Comme tant d’autres villes, Nairobi voit grandir ses enfants des rues qui viennent te demander 50 shillings, la bouteille de colle collée à leurs lèvres. Si vous avez l’occasion, vous pouvez également faire un « safari de pauvres ». Vous vous retrouvez alors dans un petit bus avec 5 autres blancs et vous traversez Kibera, le deuxième bidonville après Soweto, pour aller voir des écoles soutenues par des projets français. L’intention initiale était bonne, mais quand le chauffeur nous a proposé de lever le toit pour pouvoir filmer et prendre des photos, là, on s’est senti vraiment gênés. Safari pathétique où les bêtes sauvages sont des humains qui meurent dans la plus grande misère, juste de l’autre côté des murs qui protègent des villas luxueuses.

Quel dépaysement pour moi ! Après les gratte-ciels, je me retrouve dans cet hôtel de dix étages, avec de l’eau chaude et de la pression dans la douche, des grooms à l’entrée, un personnel en uniforme à votre service, trois cybercafés, un snack, des boutiques, une salle de restaurant, un bar, une salle de sport, 3 ascenseurs, une télé dans la chambre. Bref, tout pour vivre en autarcie avec les centaines de umuzungu (blancs) qui se promènent dans cet hôtel. L’impression de me retrouver avec les clients d’un tour-opérateur pour retraités... Youpi !
Vous imaginez bien que je n’ai pas tenu longtemps dans ces conditions... Dès le lendemain, je suis donc partie à travers la ville à la rencontre des « autochtones ». C’est au marché artisanal de Westlands que je les ai trouvés. Il y avait Denis, dit Obasanjo, sa tante et quelques personnes qui fabriquaient des assiettes en pierre de savon. « Je peux rester à regarder comment vous faites ? » _ « Oui, mais je te préviens, ça prends du temps. » _ « pas de problème, j’ai toute ma journée. »
Voilà comment j’ai découvert la gentillesse des Kenyans et la chaleur de leur accueil. J’ai donc pu faire ma propre coupelle en pierre de savon et j’ai mangé le meilleur plat depuis longtemps (mélange de maïs, patate, lentilles, piments...) pour 0,15 €, avec Abasanjo et sa famille au milieu du marché, en toute simplicité, comme si tout cela était normal. « Feel at home » ...aucun problème. Cela m’a fait du bien aussi de couper des regards constamment portés sur moi parce que je suis blanche, des interpellations incessantes pour me demander de l’argent. Ouf, je respire !

Le Forum Social Mondial, c’est donc la rencontre de milliers de personnes du monde entier qui croient qu’un « autre monde est possible », plus juste où les enfants sautent à la corde et pas sur des mines antipersonnelles, où tout le monde pourrait ouvrir un robinet et voir de l’eau couler, où une mère pourrait simplement s’inquiéter des résultats scolaires de ses enfants, au lieu de se demander si elle pourra les nourrir demain ou si le dernier va survivre à cette forte fièvre qui est sûrement une punition divine... encore un enfant à enterrer... Un monde où la police protègerait la population, où les politiques travailleraient pour le bien-être de ceux qui les ont élus, où chacun -quelque soit sa couleur, son sexe, son origine, son handicap- aurait le droit de vivre décemment sur cette terre dont on prendrait enfin soin.

Pour moi, le Forum, ce n’était pas seulement faire ma crâneuse avec un micro, style « I speak so many languages ». Non, non, déjà parce que la traduction simultanée, c’est super chaud et que suivre tout ce qui se dit avec autant d’accents, c’est pas simple.
Ça a été l’occasion de moments incroyables, comme suivre le discours de Desmon Tutu à trois mètres de lui, ou interviewer deux femmes Massaï sur l’excision ou encore discuter avec un jeune leader des droits d’une minorité Massaï qui, à 21 ans, a déjà subi des tentatives d’empoisonnement. Il y aussi toutes les discussions moins marquantes mais tout aussi enrichissantes avec toutes les personnes qui croient qu’un autre monde est possible.

Voilà, je reviens donc enchantée par ce voyage, par ce pays et ses gens, avec une seule envie c’est d’y retourner dès que possible !
Je vous embrasse donc de mon petit nuage où je suis encore avant la reprise... oulala, ça va être dur !

Les photos sont dispos dans l'album!

17.01.2007

episode 7 1/2

Interruption momentanee des programmes.

 En raison de l'absence de notre scenariste, realisatrice, actrice, photographe, redactrice, relectrice et webmastrice, nous sommes contraints d'interrompre pour une duree d'au moins 10 jours, votre serie preferee (oui je sais, merci, ca va les chevilles!). Mais de nouveaux episodes inedits (eh oui, forcement) se preparent dans le site exceptionnel de Nairobi ou se deroulera le Forum Social Mondial du 20 au 25 janvier.

Notre equipe (moi et....moi) a ete selectionnee pour etre interprete lors de ce forum aupres d'une equipe de tournage ( decidement, que d'equipes!) qui suivra 3 personnes durant cette semaine altermondialiste.

Merci de votre comprehension, ne vous en faites pas, nous reviendrons. Oui, je sais, ce sera dur,mais j'ai confiance en vous. Vous allez tenir le coup. En cas de manque, avec des symptomes d'anxiete ou d'irritabilite severe, relisez les episodes precedents ou allez faire n'importe quoi qui puisse vous detendre.

Bien sur, je vous embrasse tous tres fort et souvenez-vous : Un autre monde est possible!

 

 

12.01.2007

épisode 7

Merci pour vos messages. C’est une petite revanche pour moi car ma prof de français me disait au lycée que mon style était lourd et que, vraiment, je n’avais pas assez de vocabulaire pour faire Lettres. Alors, merci ! Je n’aurai pas le prix Goncourt mais votre impatience à me lire est pour moi une très belle récompense.

 

Voilà, l’année commence avec son lot de bonnes résolutions dont celle de surveiller son alimentation parce que là, vraiment, on a encore abusé : les huîtres, le foie gras, les p’tits fours, j’en passe et des meilleurs... ou des plus gras ! N’est-ce pas ?

Même si je ne me suis pas gavée, j’ai aussi mes bonnes résolutions pour cette année : (attention, vous êtes tous témoins !)

  • Mettre ma crème solaire tous les jours. Eh oui, c’est le début de la petite saison sèche : 10 minutes à étendre le linge, c’est déjà des coups de soleil assuré ! Pardon ? twa, tu as le dez gui goule ?! ahhh, quel dommage... mais rassure-toi, moi et mes tongs te soutenons moralement !

  • medium_IMGP0866.JPGVarier mon alimentation et freiner la consommation intensive de féculents, en rééquilibrant par des glucides et des lipides contenus dans un kouign amann, par exemple. Merci Titell !!! Quel plaisir de se faire un repas breton ! Car en plus du kouign amann qui transpirait tout son beurre et son sucre (fantastique !) dans son colis, j’ai trouvé, au Burundi même, de la farine de sarrasin ! 0,32€/kg ! Malgré quelques difficultés concernant l’étalage de la pâte (sûrement dues à l’altitude et à la qualité de la poêle), j’ai fait partager un p’tit goût de Bretagne à Sarah, Denis, Elias et Enrique. Qu’ils soit français, burundais ou espagnol, le verdict est unanime « hmmm, c’est bon ! »

  • Prendre un peu de temps pour moi (allez, combien d’entre vous l’ont aussi, cette résolution ?). Mais je vais attendre le mois de février pour la mettre en pratique. Pour l’instant, je poursuis mes cours de medium_universite_Ngozi.jpgphonétique avec les 1ères années (ici : Première Candidature, ou plutôt « Candi »). Donc, au pays des Candi, on fait de la phonétique du lundi au samedi inclus, de 8h à 13h ! mais il n’y a pas de beau prince pour préparer tous mes cours... snif ! Les journées sont trop courtes entre les cours, Internet, faire la lessive, le ménage, aller voir untel parce qu’on lui avait dit que... et puis sur la route, on croise truc qui voudrait bien nous demander si... et bidule qui débarque à la maison à l’improviste ! Voilà, il est bientôt 19h et la journée touche à sa fin. A ceux qui pensent encore naïvement que le temps s’écoule en Afrique aussi tranquillement que dans le film « Out of Africa », c’est qu’ils n’y sont allés qu’en vacance.
université de Ngozi (si si au fond, là-bas!)

Après cela, je pars du 18 au 26 janvier à Nairobi (Kenya), pour le Forum Social Mondial car « un autre monde est possible » ! Ensuite, retour à la case Ngozi (et je ne touche pas 20 000 francs, même pas burundais !) où je reprends mes Candi 2 (la vengeance de Candi) en Traductologie et Théorie de l’interprétation... non, ce ne sont pas des gros mots ! J’avoue donc que j’ai lâchement abandonné mes carnets de dessin après les deux premières semaines... eh, n’en rajoutez pas, je culpabilise assez comme ça !

 

Autre résolution : me peindre en noir ! Je vis actuellement « le complexe du blanc ». Au début, c’est sympa d’avoir une ribambelle d’enfants qui vous appellent « umuzungu », puis ils ne font plus si gentiment, c’est parfois avec une pointe de moquerie ou ils pensent que je suis sourde alors ils me crient dessus (« j’vais t’apprendre la politesse, ptit c’ », comme dirait l’aut’). Et puis c’est rarement pour demander si je vais bien, c’est plutôt « donne moi l’argent ! » « donne moi le bonbon ! ». Avec une moyenne de 10 fois par jour depuis 71 jours que je suis là...vous faites le calcul, car moi, ça me fatigue déjà... Il parait que dans 2 ou 3 mois, ils se seront habitués à me voir... En attendant : « résiste ! prouve que tu existes ! » Je me dis aussi que si je me peins en noir, on ne viendra plus me demander tout et n’importe quoi, ou me raconter des salades pour tirer profit de moi... comme cette fameuse petite Chanelle qui, je pense, joue le jeu de sa tante et raconte à chaque fois une histoire différente. Ça me fait mal au cœur car on se demande quelles sont les réelles relations qui nous lient aux autres (sont-ils tous intéressés parce que je suis blanche ?). Je comprends que ce n’est facile pour personne ici, mais comme on me l’a rappelé, les vrais pauvres sont plus difficiles à atteindre.

     

    Je vous laisse à vos occupations, à plus tard et attention à la gastro !

    Bises

    03.01.2007

    episode 6 : Bonne Année

    Umwaka mweza ! Bonne Année 2007 !

    Non non, je ne vous ai pas abandonnés ! J’ai emmené mon ordi chez le docteur. Avec son œil de verre et la clope au bec, André, informaticien belge de 50 ans dont 26 en Afrique, a donc guéri mon ordi du vilain Brontoc. Caché au fond d’une cour, derrière les fils à linge, après une voiture dont seules les portières fonctionnent encore, il opère les uns après les autres les patients agonisants au milieu des cadavres de PCs désossés, d’imprimantes éventrées et de cartons empilés dans tous les sens : tout un tableau ! mais voilà, tout rentre dans l’ordre. Si vous avez des fichiers qui se dédoublent sans raison, attention au virus Brontoc. Regardez les détails de vos dossiers dans l’explorateur ; vous devez avoir « dossier de fichier », si vous voyez « application » pour un fichier ordinaire : c’est poubelle, direct !

    A part cela, il s’en est passé des choses depuis le dernier épisode : Samantha a trompé Bobby et John n’est pas le frère de Sandy ! ...ah non, je me trompe de série.Revenons donc au Burundi où je retrouve régulièrement mes collègues volontaires : Sarah et Denis, bien sûr, pour les w-e à la campagne et Céline(s), Maria et les « JRS » pour les w-e à la capitale. Heureusement, nous nous entendons suffisamment bien les uns les autres pour nous inviter mutuellement : ceux qui en ont marre de la ville « montent » retrouver le charme tranquille de Busiga, et « ceux de l’intérieur » (en français, on dirait les ploucs, tellement on nous repère avec les godasses pleines de terre) retrouvent la civilisation lors d’un w-e à Bujumbura. Je dois dire que je bénéficie d’une position intermédiaire avec ma vie de petite provinciale, ce qui me permet de profiter pleinement des deux aspects.

    Lemedium_IMGP0819.JPGs fêtes de Noël se sont déroulées pour ma part à Busiga avec Sarah, Denis, Francine (infirmière et « voisine » de l’orphelinat), les enfants et les sœurs Bene maria de l’orphelinat. Devinez quelle décoration ornait le réfectoire pour Noël ??? Deux beaux sapins découpés dans des cartons et peints en vert, avec des guirlandes et des étoiles en papiers ainsi qu’une crèche photophore en papier également ! ...ça me rappelle quelque chose mais je ne sais plus chez qui... Eh oui, je me suis encore amusé au découpage et collage, et tout le monde s’y est mis ! Alors que la famimedium_IMGP0831.JPGne touche le nord du pays et que pour beaucoup de familles, Noël ne change pas du quotidien, une infime partie de la population fête Noël autour d’une belle table bien garnie, et encore une fois, nous faisons partie des privilégiés. Mais je me dis que nous sommes venus avec notre culture et pour rester bien dans sa tête, il faut se faire plaisir. Nous avons donc préparé une pizza puis une bonne mousse au chocolat medium_IMGP0856.JPG
    Nestlé (merci la mamie de Sarah). Le lendemain, c‘était canard au cèpes (en boite, oui mais quand même !) suivi d’un crumble ananas, mangue, banane (hummm, merci l’inventeur du crumble). Je remercie également Bruno, notre ami gendarme à l’Ambassade, pour la boîte de Léonidas. J’arrête là, vous allez croire que l’on vit comme des pachas... En tous cas, c’était un super moment à partager avec les amis. Les enfants ont eu droit à plusieurs séance de ciné (Age de glace et Kirikou). Le Père Noël ne nous a pas oubliés : pour ma part, une femme et son bébé sculptés en bois, un cadre photo, un pagne et même un jeu des mille bornes !!! Le même que chez mamie ! Un cadeau de Geneviève, une française qui déjeune tous les midis à l’évêché, qui le gardait précieusement chez elle peut-être depuis son arrivée au Burundi, il y a 42 ans !?

    Céline et moi cherchions l’originalité pour ce réveillon du 31, nous avions décidé de combiner plusieurs coutumes du 31 en portant des culottes rouges, en mangeant des lentilles, 12 grains de raisins (17€/kg, ça fait chère la tradition !) et des oranges (pour glisser les pépins dans son porte-monnaie). Mais ce qui m’a marquée pour ce réveillon est venu du ciel : un orage incroyable ! Nous nous sommes retrouvés vers 00h30 en 4x4 au milieu d’une rivière qui qlq heures plus tôt n’était qu’une rue ordinaire. J’ai fait demi-tour lorsque Denis a ouvert la portière et constaté que l’eau allait rentrer dans la voiture. Pour les privilégiés, un réveillon à Bujumbura, c’est resto et boîte de nuit, comme dans tant d’autres endroits dans le monde, oui mais là, on a pu s’entraîner pour le Camel Trophee !Le vrai bilan, ce sont des effondrements de terre sur les routes, et des maisons emportées par les eaux. L’année ne commence pas bien pour tout le monde...

    Ah oui, juste un détail : j’ai découvert la veille de Noël que j’ai une fille de huit ans, elle s’appelle Chanelle, elle est belle et intelligente (comme sa mère forcément !). En réalité c’est une orpheline qui est (soit disant) maltraitée par sa tante. Nous nous sommes rencontrées plusieurs fois sur le chemin de l’université et ce n’est que lors des vacances qu’elle est venue me raconter son histoire. Maintenant, je dois mener mon enquête pour savoir si ce qu’elle dit est vrai. Eh oui, ici il faut se méfier des rencontres trop facile et des histoires larmoyantes même quand c’est un enfant de 8 ans qui vous les raconte.
    En attendant je l’accueille de temps en temps chez moi pour grignoter qlq chose, faire du dessin ou améliorer son français... tout en surveillant que rien ne disparaisse. C’est malheureux mais les gens sont prêts à inventer n’importe quoi pour obtenir un peu.

    Portez-vous bien, merci pour tous les messages laissés sur ce blog ou sur mon mail ; ça fait vraiment du bien de se sentir soutenu et de ne pas perdre le contact. Que cette année nous apporte joie et réconciliation.

    Béné

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