14.12.2006
Episode 5
Episode 5
Ah, vraiment je vous le dis, la vie de volontaire au Burundi n’est pas facile ! Pour tous ceux qui ont peut-être passé le week-end cloîtrés chez eux à cause de la pluie, du froid ou d’un « rhube carabidé », et qui se disait pour se rassurer « bon, c’est pas pire qu’au Burundi ! », eh bien, je suis désolée mais en ce qui me concerne, j’ai profité sous un soleil radieux, des paysages magnifiques du sud du pays, entre chutes d’eau, failles géologiques, montagnes et ce qu’il reste de forêt équatoriale. Partis vendredi dans un 4X4 loué à Bosco (un businessman burundais qui a profité de l’occasion pour partir en week-end en nous servant de chauffeur), nous avons pu faire tout le petit périple dans la journée de samedi et nous sommes remontés tranquillement dimanche à Bujumbura.
Sur la photo, c'est moi et mes nombreux amis devant les chutes de Karera!
Comme tout cela est fort fatiguant et que la nature fait bien les choses, nous avons (mes compagnons volontaires et moi-même) pu nous détendre dans les sources d’eau chaude, en pleine nature. Denis qui faisait le malin à l’idée de se baigner avec 4 filles (Sarah, Céline, Viviane et moi) a vite déchanté en voyant la vingtaine de burundais qui se prélassaient dans les bains à notre arrivée. Les hommes et les femmes étant séparés, nous (les filles) ne pouvions pas laisser Denis tout seul avec les hommes (peut-être l’auraient-ils mangé ?!), de même les femmes presque nues partageaient à 25 l’équivalent de 2 baignoires et auraient été très gênées par l’intrusion de Denis. Nous nous sommes donc sacrifiées pour rejoindre Denis parmi les hommes. Malgré les rires gênés et les regards curieux, nous avons vraiment profité de ce moment de détente... ahhhh, les sources chaudes !
Avant de repartir de Rutovu (tout le monde situe sur la carte, bien sûr), nous nous sommes rendus à la source la plus méridionale du Nil, qui est symbolisée par une pyramide kitsch en haut de la colline et matérialisée par un tuyau en plastique en bas. Ah oui, il y a du boulot avant de retrouver des infrastructures touristiques dignes de ce nom ! Comme on sort de 10 ans de guerre, tout est à refaire ; alors certains petits malins en profitent, comme l’ancien président qui a ouvert un hôtel près de ces fameuses sources, et fait payer 10 000 FBU une chambre qui n’en vaut pas la moitié... C’est encore plus scandaleux quand on sait que l’hôtel a été construit avec l’argent du peuple ! Il parait que ceux qui ne réclament rien, n’ont jamais rien ; eh bien ici, ceux qui réclament n’ont pas davantage. Nous en avons fait l’expérience.
Je note déjà des projets pour mes temps libres : écrire le Routard du Burundi, ouvrir un centre de formation en hôtellerie/restauration, créer un label qualité ou une franchise pour les professionnels du tourisme...
Pour l’instant, je n’en suis pas là et mon travail à l’université me prend pas mal de temps. Je ne reprends les cours que début janvier mais je suis également sollicité pour travailler avec un collègue sur le projet d’une bibliothèque universitaire. Voilà, encore une fois je me retrouve avec plusieurs choses à mener de front ! Il faut croire que j’aime ça ! Mais je me rends compte que travailler sur un projet pédagogique et être à la fois avec les étudiants, c’est vraiment ce qui me plait.
A part cela, ma vie à l’évêché poursuit son cours. Je profite encore du privilège de pouvoir obtenir ce que je demande, même si cela prend un peu de temps car l’abbé économe commence souvent beaucoup de choses mais les termine rarement...
En plus, je me rends compte que certains n’ont pas encore compris que je suis volontaire et donc qu’ils ne gagneront pas d’argent à être mes amis... Il faut encore un peu de temps avant que la distinction entre personnes intéressées et personnes sincères se fasse ; mais je ne suis pas pressée...
Je vous embrasse tous très fort, merci pour tous vos commentaires sur ce blog. Ça me fait vraiment du bien d’avoir vos avis. N’hésitez pas non plus à me donner des p’tites nouvelles de chez vous, les potins des stars, la courses aux présidentielles, le cours de la coquille st jacques ou les gadgets débiles à offrir pour Noël...
Améliorons notre français :
Vous pensiez tous que « boutonner », c’était attacher un vêtement avec des boutons, « boutonner une chemise » par exemple. Détrompez-vous, boutonner, c’est « appuyer sur un bouton ». Dans certains hôtels luxueux de Dubaï, il parait qu’il suffit de boutonner pour avoir à manger dans sa chambre ou pour faire laver sa voiture ! Eh oui, évidemment !
Réponse à la question de l’épisode précédent :
Le déjeuner est à 6H45, le dîner à 12H30 et le souper à 19H45. Je vous avoue qu’on se mélange les pinceaux (ou les fourchettes) au début.
17:30 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : 2005
08.12.2006
Episode 4
Mwaramutse à tous (oui, nous sommes le matin et les salutations diffèrent entre le matin et l’après-midi, pour ceux qui se souvenaient de « mwiriwe »)
J’ai terminé l’ensemble de mes cours avec les 4èmes année ! 60h de traduction juridique en 3 semaines, à ce rythme j’aurai terminé l’année en avril !
Les premiers dérangements intestinaux se sont manifestés mais rien de grave, j’ai remis de l’ordre dans mon ministère intérieur, comme on dit ici. Ne vous inquiétez pas dès que j’ai un petit quelque chose, ils sont une demi-douzaine (sœurs, abbés, collègues...) à s’enquérir de ma santé toutes les demi-heures.
Voilà, je viens de passer le cap du premier mois. Et pour marquer cela, j’ai passé le w-e chez mes amis volontaires Deins et Sarah qui travaillent dans un orphelinat non loin de Ngozi. Outre le plaisir de les retrouver, ce w-e a aussi été marqué par ma rencontre avec les enfants de l’orphelinat. La plus petite a seulement une semaine et se nomme « Gorette » (si si, d’ailleurs, je prépare une anthologie des prénoms au Burundi : Trésor, Scholastique, Immaculée, Ascension, Venin, Melchiade, Léonidas, j’en passe et des meilleurs ; les futurs parents qui cherchent un prénom original peuvent me contacter, j’ai quelques propositions à faire).
Bon, revenons à nos petites bouilles de l’orphelinat. Eh oui, je me suis lamentablement faite piégée par leur grands yeux, leurs joues toutes rondes et pour certains les premières marques d’affection. J’avoue, je n’ai montré aucun signe de résistance, je plaide donc coupable d’attendrissement aggravé pour ces enfants qui, en plus du malheur d’être souvent abandonnés par leur famille, ne reçoivent aucun geste d’affection si ce n’est de la part des volontaires ou des jeunes filles qui les encadrent. Les Sœurs qui dirigent l’orphelinat sont davantage impliquées dans la logistique de cet établissement que dans la dimension pédagogique de leur mission. Elles pincent même les enfants pour qu’ils ne s’endorment pas à la messe. Quand on a trois ans, que la messe dure deux heures et que l’on vient de sortir d’une varicelle carabinée ajoutée d’une infection de la peau, on est content de pouvoir s’endormir dans les bras d’une umuzungu (blanche) qui n’est pas aussi sévère que les sœurs ! « En plus, on a même fait du dessin avec la nouvelle blanche et Sarah. Et pis, elle sait même compter en kirundi, la dame ! »
Le cap du premier mois, c’est aussi le vernis qui commence à craqueler... Quand j’observe le fonctionnement de l’église et sa position, je pense au Moyen-âge en Europe : comment dans un pays si pauvre, l’église peut elle être si riche ?! Je crois aussi que certaines vocations religieuses sont davantage motivées par l’ascension sociale que par un « appel » réel. Mais bon, je réfléchis à mon rôle dans ce système qui demeure inégalitaire et je ne cède pas au pessimisme.
Allez, je vous laisse, je pars en w-e me baigner dans les sources d’eau chaude et voir les chutes d’eau dans le sud du pays. J’aurai une pensée pour tous ceux qui sont dans leur bureau et qui ne verront pas la lumière du jour avant de rentrer chez eux sous la pluie. ;o)
Mon adresse postale : (le délai est d’environ deux semaines, donc évitez les plats préparés ou les objets de valeurs qui seraient malencontreusement perdus en route)
Melle Bénédicte Dufour
Evêché de Ngozi
BP 2
NGOZI
BURUNDI
Améliorons notre français :
Faites correspondre le nom et l’heure des repas : le souper, le déjeuner, le dîner // 6H45, 12H30, 19H45.
Réponse à la question de l’épisode précédent :
« cadeauner », c’est faire un cadeau, comme dans l’expression « il m’a cadeauné »
« doigter », c’est montrer du doigt. En effet, la phrase « il l’a doigtée » surprend la première fois !
09:35 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
01.12.2006
Episode 2
Bulletin 2
Bonjour à tous, « Mwiriwé » comme on dit ici. J’améliore mon kirundi de jour en jour. Depuis une semaine, j’habite enfin dans ma nouvelle maison (cf photos) qui est très agréable, hormis l’eau qui coule des fenêtres quand il pleut et les portemanteaux à 2m de haut. Mais ce sont des détails quand on sait que certains volontaires sont assaillis par les moustiques ou ne connaissent pas le luxe de l’eau qui coule d’un robinet ! (Clin d’œil aux collègues de Busiga et Buja). De plus sur les photos ci-joint, vous remarquerez que je traverse la douche pour accéder à l’évier et aux wc. Eh oui, il faut savoir optimiser l’espace !
Comme je vous l’avais annoncé dans l’épisode précédent, je partage cette charmante maisonnette avec un « vieux garçon » espagnol, Henrique, et comme le disait si bien une amie volontaire en le voyant arriver avec son bob et ses lunettes… « c’est pas gagné ! ». En effet, ancien professeur de sciences physiques en collège, on lui demande d’enseigner les maths à l’université : 1er défi. Il souffre de son français qui n’est certes pas bon : 2ème défi dans un pays francophone. Il est hyper nerveux, anxieux et fait de l’hypertension : adopter la « cool attitude » africaine sera donc le 3ème défi. Last but not least, 4ème défi : il est complètement introverti (c’en est inquiétant) et semble fuir les contacts humains qui ne lui sont pas imposés. Il était effrayé à l’idée que certaines personnes ici étaient déjà au courant de son arrivée et souhaitaient le rencontrer. Je crois qu’il n’a pas saisi qu’il est impossible pour un blanc de passer inaperçu dans une petite ville au cœur de l’Afrique Noire. Bon, cela dit, nous verrons bien. Il est sensé tenir 3 mois… Ah oui ! Une des premières phrases intelligibles qu’il m’a dite, c’était pour me communiquer la liste des personnes en Espagne à prévenir s’il lui arrivait qlq chose… On a vu plus optimiste !
Ce week-end a été marqué par la venue de Mme la Présidente du Parlement burundais pour la pose de la première pierre de la Maison de la Paix, sorte de centre des congrès pour des séminaires portant sur la réconciliation, ce projet à l’initiative du diocèse est soutenu par le mouvement italien Shalom. Cette semaine a donc été polyglotte (italien, français, anglais et kirundi) lors des repas animés à l’évêché. Ce fut une belle cérémonie avec plein de longs discours, filmée par l’unique chaîne nationale. Je suis même passée à la télé, si, si, en pleine conversation avec une des Sœurs devant les plans de l’architecte… Grande classe, comme d’habitude ;o)
A part cela, je suis depuis lundi 8h, officiellement professeur d’université. J’ai débuté avec les 4ème année (au nombre de cinq… oui, je sais c’est dur d’être prof dans ces conditions) en traduction de textes juridiques… je pense que je les ai déjà traumatisé pour l’année en commençant par un texte hyper long et des exercices que moi-même je n’aurais pas su faire sans les corrigés ! En fait, ils sont très timides et le niveau est encore faible pour des étudiants de dernière année… mais heureusement pour eux, aucun ne veut devenir interprète ; je crois que, sur ce point, ils sont assez lucides. Oui, je sais, je suis dure mais il faut être réaliste.
Voilà, comme promis je ne fais pas trop long. Donc, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mon arrivée a fait chuter la moyenne d’age des blancs de Ngozi de 65 à 50 ans, autant dire que je sors en boite tous les soirs avec mes copines !
Rubrique Météo : Il pleut ou il fait beau, ça dépend de l’heure !
Rubrique Améliorons notre français : quel est le sens de « torchonner » ?
Réponse au prochain épisode… Bises à tous !
15:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Episode 3
Je suis heureuse de vous retrouver pour un nouvel épisode de « Je fais ma Mal(ou)ine au Burundi ». Je remercie mes fidèles lecteurs qui m’ont témoigné leur soutien… Les autres, vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous souhaitez que je vous rapporte des souvenirs d’ici ;o)
Je tiens à m’excuser concernant les photos de l’épisode précédent, mais entre coupures de courant, de connexion, bas débit et serveur qui rame... Télécharger les qlq photos sélectionnées devient un exercice périlleux où les nerfs sont mis à rude épreuve. Alors si vous connaissez un serveur efficace pour un blog, je prends !
Mais voici qlq photos de chez moi!
Ici, je commence à prendre mon rythme de croisière même s’il s’agit parfois davantage d’un Condor Ferry que d’une balade en voilier... eh oui, le temps passe vite aussi en Afrique !
Il est 5h30 : « Le soleil vient de se lever... » et avant de retrouver notre amie Ricorée, je vous conseille une bonne douche froide ! Comme disent les grands-mères Typiac : « ça ravigote ! » et oui, l’eau chaude est maintenant un lointain souvenir... avant le petit dej’, je revois mes cours pour la journée ou je poursuis mes leçons de kirundi. A 6h45, direction l’évêché, de l’autre côté de la cour, pour un petit déj’ européen (désolée pour l’exotisme) constitué de thé (le thé et le café burundais sont excellents !!!), de pain, de confiture (de goyave, trop bon !), de miel local (trop trop bon !) et parfois de fromage local ou de « Nouvelle vache » (c’est-à-dire la Vache qui rit). Donc, je ne dépéris pas ! Puis vers 7h40, départ pour l’université, par les chemins de traverses qui deviennent des pistes de glisse acrobatique dès qu’il a plu, c'est-à-dire 95% du temps. Chaque jour, je perfectionne mon grand écart dérapage contrôlé!
Ensuite je traumatise mes cinq étudiants en traduction juridique pendant quatre heures. Quand le cerveau arrive à ébullition, je les laisse décanter et reposer jusqu’au prochain cours, où bien sûr, je reprends la cuisson de plus belle ! hihihih (petit rire sadique !)
Non, bien sûr, je les accompagne, je les écoute, les guide et les rassure car, même s’ils sont un peu feignants, je les aime bien ces p’tits gars !
Puis retour à l’évêché pour partager le repas avec les abbés, les sœurs et Geneviève, une française installée au Burundi depuis 42 ans. Comme moi, elle est arrivée au Burundi à 26 ans... Simple coïncidence ou présage d’une vie dans les collines africaines ???
L’après-midi, je retourne à l’université travailler ou préparer mes cours jusqu’à 17h.
... Heu...Oui, bon, en réalité on « tape la discut’ » avec les collègues jusqu’à 16h 30, puis on réalise que l’on a rien fichu de la journée, alors on s’y met jusqu’à 18h. Là, il faut vite rentrer avant la nuit, car même si la ville est plutôt tranquille, le soir les « gens de mauvaise intention » rôdent pour vous détrousser. « La nuit tous les chats sont gris », mais ici une blanche reste blanche, même la nuit.
Vers 19h45, je retrouve la p’tite famille de l’évêché pour le repas du soir. Oui, c’est comme une famille extensible selon les présents ou les invités : l’évêque joue son rôle de père tranquille à merveille, dans le rôle des bons garçons, nous avons les abbés et enfin les petites sœurs qui se font toujours « chambrer » par les grands frères. Si l’on a été sage, on a droit aux infos en français, puis en anglais sur l’unique chaîne de télé, avec un présentateur presque aussi déprimant que la plupart des actualités, des reportages sur des réunions politiques où les gens dorment, mais parfois quand même un reportage racheté à Canal + ou France télévision.
Puis une charmante speakerine nous annonce le programme de la soirée. Le vendredi il y a même Envoyé Spécial ! ...Non, non, pas celui qui est passé la veille en France, celui qui a été diffusé deux mois auparavant.
Bon, voilà la journée est terminée, il est 21h, je peux aller me coucher sous mes trois couvertures (on oublie les nuits étouffantes de Bamako, ici il doit faire environ 10°C la nuit).
Oulala, j’ai dépassé mon quota de mots... je vous donne donc rendez-vous au prochain épisode, d’ici une à deux semaine, en fonction du débit internet, bien sûr !
Bises à tous
Béné
Rubrique Améliorons notre français :
Réponse à la précédente question : quel est le sens de « torchonner » ? _ Passer la serpillière !
Trouver le sens des verbes suivants : « cadeauner » et « doigter »
Rubrique J’apprends le kirundi :
Prononcer à voix haute si possible face à vos collègues qui vous soupçonnaient déjà de surfer sur le net au lieu de travailler, « hibibibi biba bibiri » (« ça fait deux taches noires ») et « aharihohossé » (« n’importe où). Aspirez bien les H et articulez, oui, c’est bien, maintenant vous êtes ridicules ;o)
13:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


